Après plus de deux ans de discussions, Hercule est finalement renvoyé après l'élection présidentielle, en avril 2022. Ce vaste projet de réforme d'EDF, également nommé Grand EDF, prévoit de séparer le groupe en trois entités distinctes : une première consacrée aux centrales nucléaires, à l'international et au réseau de transport, une deuxième, cotée en Bourse, dédiée aux activités commerciales, à la distribution et à la production d'énergies renouvelables, et une troisième focalisée sur les barrages hydroélectriques.
Désaccord sur la séparation
Plusieurs avantages ont été évoqués par les défenseurs du projet : permettre à EDF d'investir efficacement dans ses centrales vieillissantes et de financer de nouveaux EPR malgré la dette de 42 milliards d'euros, résoudre un contentieux sur l'hydraulique afin d'échapper à une mise en concurrence, et passer à la vitesse supérieure concernant les ambitions écologiques.
Pour expliquer ce report sine die, le gouvernement a évoqué mercredi 28 juillet un échec des négociations avec la Commission européenne, dont l'aval est nécessaire. Le principal désaccord porte sur le degré de séparation des trois branches, la France souhaitant qu'EDF reste un groupe intégré, tandis que Bruxelles tient à ce que des frontières claires soient érigées pour éviter que des subventions croisées ne faussent la concurrence.

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Vive opposition des syndicats
Mais la décision de repousser cette réforme colossale pourrait dépasser les seules mésententes avec la Commission. En effet, sa mise en application entraînerait une modification du prix de vente réglementé du nucléaire (Arenh). Revaloriser le prix du MWh autour de 48 euros contre 42 euros depuis 2011 augmenterait ainsi nécessairement les coûts de l'électricité pour les entreprises, un choix difficile à porter à quelques mois de la campagne électorale.
Ensuite, le projet Hercule est vivement contesté par les syndicats de l'entreprise détenue à 84 % par l'Etat, certains salariés évoquant le spectre d'un « démantèlement », qui serait selon eux la première étape vers la privatisation. De nombreux partis politiques (PS, LR, LFI, PCF par exemple) partagent par ailleurs les craintes des quelque 170 000 employés du groupe et assurent vouloir annuler la réforme s'ils arrivent au pouvoir. Ce sera sans aucun doute l'un des thèmes de débat entre les candidats lors de la prochaine campagne présidentielle.
EDF repasse dans le vert
De son côté, le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy a fait part de sa déception à l'occasion de la publication des résultats trimestriels du groupe, ce 29 juillet : « Nous regrettons que cette réforme qui est indispensable pour EDF ne puisse se conclure maintenant ». Le dirigeant s'est montré plus enthousiaste quant aux performances de son entreprise, qui a enregistré entre janvier et juin un bénéfice net de 4,17 milliards d'euros, contre une perte de 700 millions au premier semestre 2020. Le chiffre d'affaires a pour sa part progressé de 14,1 %, pour s'établir à 39,6 milliards d'euros.



