Est-ce le dernier clou dans le cercueil du projet Montagne d’Or ? Alors que les prix du métal précieux ont connu une ascension fulgurante en 2024, passant d’un peu plus de 65000 dollars le kilo début janvier à 85000 dollars fin novembre, le grand projet de mine d’or industrielle qui agite la Guyane depuis des années a de bonnes chances de s'éteindre… Après de très longues péripéties judiciaires et industrielles, la Cour administrative d’appel de Bordeaux a finalement refusé, le 26 novembre, l’extension de la durée de vie des concessions minières demandée par les porteurs du projet depuis 2016. Le juge administratif souligne le «risque d’atteintes graves à l’environnement» qu’entraîne la construction d’une mine à ciel ouvert et d’une usine de cyanuration – des installations industrielles «de nature extrêmement polluante» – dans deux massifs de la forêt équatoriale de Guyane qui «abritent une biodiversité exceptionnelle».
Un code minier plus protecteur de l'environnement
Ces motivations ne sont pas anodines. Pour rappel : le projet Montagne d’Or est devenu l’emblème des controverses autour de la mine industrielle en Guyane française. Ses défenseurs soulignent les améliorations qu’apporterait une exploitation professionnelle et moderne par rapport à l’orpaillage, souvent illégal, pratiqué sur le territoire. Tandis que les opposants pointent les dégâts environnementaux décuplés du simple fait de l’ampleur des installations industrielles, et les dégâts spécifiques entraîné par l'exploitation de l'or et le recours au cyanure.
Si un recours devant le Conseil d’Etat est encore possible, le débat semble désormais tranché par la justice française. L’aboutissement d'un long combat juridique, puisque la prolongation des deux concessions concernées – «Elysée» et «Montagne d’Or» – initialement attribuées en 1946 et 1948, avant d’arriver à leur terme fin 2018 est passée ces dernières années de tribunaux en tribunaux. Alors que la société Compagnie minière Montagne d’Or avait commencé par gagner son combat contre une décision implicite de non renouvellement par le gouvernement français de l’époque, une décision du Conseil d’Etat fin 2023 a rebattu les cartes en s’appuyant sur une nouvelle jurisprudence du Conseil constitutionnel, datant de 2022. Celle-ci impose à l’administration de prendre en compte les impacts environnementaux des projets miniers (et non plus seulement la capacité financière et technique du porteur de projet) avant de les prolonger.
C’est ce revirement dont les effets se font sentir dans la décision du tribunal de Bordeaux du 26 novembre, qui met en avant les risques pour les espèces protégées malgré les nombreuses mesures de compensation et d’atténuation prévues dans le projet… «C'est une victoire», réagit par email Nolwenn Rocca, juriste et coordinateur de l’association Guyane Nature Environnement, pour qui cette décision «ouvre la voie jurisprudentielle à l'annulation des projets miniers sur le fondement de la protection de l'environnement».

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Départ des grands miniers ?
Au-delà de l'aspect juridique, la décision affaiblit un projet déjà très mal en point. Les deux entités présentes à l’origine dans la Compagnie minière Montagne d’or – le russe Nordgold, majoritaire, et le canadien Orea Mining – sont depuis un an aux abonnés absents. Le premier du fait des sanctions qui ont suivi la guerre en Ukraine, qui l’empêchent d’agir en Guyane. Le second car il a fait faillite début 2024, après l’échec d’une tentative (en raison d’un blocage par le Canada) pour racheter les parts de Nordgold dans le projet.
Une entreprise de construction et d’ingénierie mongole, Hexagon Build Engineering, a racheté les actions d'Orea à la barre du tribunal de commerce cet été, mais n’a pas dévoilé ses plans. Sur place, plusieurs observateurs notent que l’activité semble avoir été arrêtée et que la Compagnie minière montagne d’or n’a plus de représentation en Guyane… En 2021, NordGold avait entamé un contentieux arbitral contre la France qui, selon France Nature Environnement, a repris cette année.
«C’est le départ du deuxième projet de mine industrielle de Guyane», note un bon connaisseur du secteur, en référence au départ du numéro 1 mondial de l’or, Newmont, du projet Espérance (parfois baptisé «Montagne d’or bis»), révélé par le média France Guyane en début d’année. Alors que de nombreux projets de mines industrielles sont portés dans les pays voisins du Suriname et du Guyana, à la géologie similaire et à la règlementation moins regardante, il ne reste quasiment que des petites exploitations en Guyane française. Seul Auplata Mining, un groupe français coté à la Bourse de Paris, reste encore actif de manière semi-industrielle, via l’exploitation du gisement alluvionaire et de l'usine de cyanuration de Dieu-Merci, la seul de Guyane.
Celle-ci, continue son activité, qu'elle assure aux meilleurs standards environnementaux, et a produit 164 kilos d’or non affiné au premier semestre 2024. Mais Auplata Mining est en conflit juridique pour obtenir la prolongation de ses concessions – contestée par Guyane Nature Environnement qui craint notamment un risque pour la Réserve nationale de la Trinité, adjacente, en cas de rupture de barrage – et doit donner de nouveaux éléments à l'Autorité environnementale d'ici juillet 2025. Le groupe a aussi obtenu, en août, un nouveau permis d'exploitation d'une zone située sur la commune de Saint-Elie, non loin de son usine.



