Entretien

«La mise en place d’une consigne verre ne peut se faire que combinée avec un modèle plastique», juge Benoit Paget, PDG de B:bot

La demande en automates de collecte de bouteilles plastique pour boissons croît fortement en Europe et dans le monde. B:bot, le leader français, annonce une levée de fonds de plus de 20 millions d’euros pour y répondre. Benoit Paget, son PDG et fondateur, revient sur le rôle de ses robots high tech à l’heure de l’économie circulaire et du débat français sur l’adoption de la consigne pour recyclage.

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Benoit Paget, président fondateur de B:bot
Benoît Paget, président fondateur de B:bot annonce la troisième levée de fonds de la start-up créée en 2017. Le fonds Eiffel Essentiel (Eiffel Investment Group) et le Crédit Agricole Normandie-Seine Participations sont les principaux investisseurs. Depuis les premières installations en 2021, l'entreprise, qui a réalisé 9,2 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2022, revendique 130 millions de bouteilles collectées. Un chiffre qui augmente chaque jour de 500 000 unités selon le dirigeant.

L’Usine Nouvelle - En 2019, vous commenciez le déploiement de prototypes de robots pour collecter des bouteilles plastiques pour boisson. Quatre ans plus tard, vous annoncez votre troisième levée de fonds d'un montant de plus de 20 millions d’euros. A quoi servira ce financement ?

Benoit Paget - Cette levée de fonds doit accompagner notre développement à l’international. Elle nous aidera aussi à poursuivre nos travaux d’innovation. Nous produisons pour l’instant 30 automates par mois. Nous comptons tripler nos cadences de production d’ici à la fin de l'année et améliorer nos technologies. Nous devrions aussi doubler nos effectifs sur les 12 prochains mois en passant de 50 à 100 personnes. Nous avons un projet de création d’une unité de traitement de paillettes plastiques. Si elle voit le jour, ce sera notre première usine. Pour l’instant, toutes nos machines sont assemblées à la main, en Normandie, par notre partenaire Toshiba Tech Teis. B:bot est une production Made in France.

Quel est l’enjeu ?

Le déploiement mondial de la consigne pour recyclage est en cours. Les besoins en automates pour collecter les bouteilles de boisson s’accélèrent fortement aux quatre coins du monde. A moyenne échéance, on parle de dizaines de milliers de machines à prévoir. C’est une demande à laquelle tous les acteurs, même réunis, auront du mal à répondre. Nous nous préparons à relever le défi.

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En France, cette consigne (pour recyclage) ne sera peut-être pas adoptée…

Effectivement. Elle est toujours en réflexion mais de nombreux pays européens commencent à basculer. Entre ceux qui l’ont déjà déployée à l’instar de l’Allemagne, et ceux qui s’y préparent, comme l’Irlande, le Portugal, la Pologne…, cela représente une dizaine de pays qui investissent dans cette solution. Le futur règlement relatif aux emballages et déchets d’emballages (actuellement en préparation à Bruxelles, NDLR) pourrait aussi fortement soutenir l’adoption de la consigne. L’un des objectifs vise à améliorer le taux de collecte des déchets plastiques et à augmenter leur réincorporation dans les emballages alimentaires. Si une loi en faveur d’une consigne voit le jour, 16 autres pays européens suivront. A l’extérieur de l’Europe, des pays comme la Turquie, l’Australie ou Israël ont déjà décidé, eux aussi, d’adopter ce système de captation de déchets plastiques.

Combien de machines B:bot sont actuellement déployées en France et quelles sont leurs particularités ?

Machine de collecte de bouteille B:botB:bot
Machine de collecte de bouteille B:bot Machine de collecte de bouteille B:bot

Nous avons 600 robots qui fonctionnent sur le territoire français. Principalement installées dans les magasins de la grande distribution, nos machines reçoivent des bouteilles en PET clair et coloré, les séparent et les transforment en paillettes. Ces dernières sont ensuite vendues -soit par nous, soit par l’exploitant- aux recycleurs pour être nettoyées et recyclées en bouteilles. L’une des particularités de B:bot est d’embarquer beaucoup de technologies comme des capteurs et de l’IA pour traiter des données liées au fonctionnement de la machine, à la gestion des déchets et au comportement des consommateurs. L’automate peut être paramétré pour gérer la gratification -des bons de quelques centimes à dépenser en magasin-, des dons, des jeux… et bien sûr la consigne. Nous préparons d’ailleurs un module pour gérer le flux de canettes en aluminium. En combinant hardware, software et services, nous nous positionnons davantage comme un sponsor de solutions globales que comme un vendeur de machines.

Un débat virulent oppose depuis plus de trois ans pro- et anti-consigne pour recyclage en France. Quelques mois avant la décision gouvernementale, l’Ademe n’a pas vraiment tranché entre la collecte sélective et celle de la consigne pour atteindre l’objectif européen de 90 % de collecte pour recyclage des bouteilles en plastique à l'horizon 2029 (la France a atteint 60,3% en 2022). Quelles seraient les conséquences sur votre activité en cas d’abandon de la consigne pour recyclage en France ?

Nous serions plus tranquilles (rire). Sans loi, nous savons que nos concurrents (comme Tomra, le géant du secteur) ne prendront pas le risque de venir. Nous savons aussi que même sans consigne réglementée, des machines seront déployées pour compléter les dispositifs existants comme la poubelle jaune.

La demande en rPET (le PET recyclé) va croissante. Outre les bouteilles, cette matière se retrouve de plus en plus dans des barquettes en remplacement du polystyrène ou dans des emballages de produits cosmétiques et ménagers. C’est pour l'instant le seul plastique recyclé autorisé au retour alimentaire. Mais faut-il encore que le déchet soit de qualité. C’est plus compliqué lorsqu’il provient de la collecte sélective. La matière est parfois tellement dégradée qu'elle est irrécupérable pour un retour à un usage alimentaire. Avec nos machines, le plastique sort quasiment propre. Les opérations de lavage et de traitement sont largement simplifiées. C’est la raison pour laquelle nous envisageons de développer notre propre système de lavage. Le process sera plus court, nous aurons besoin de moins d’eau, d’énergie, de produit chimique et le coût de traitement à la tonne final sera moins élevé.

Le choix de la consigne pour recyclage se justifie aussi, selon vous, dans le cas de l’adoption d’une consigne pour réemploi sur le verre…

Le déploiement de la consigne mixte (pour réemploi sur le verre et recyclage pour le plastique) est généralement choisi par les pays que j’ai cités. C’est le système le plus cohérent pour collecter le maximum d’emballages. En outre, consigner le verre seul risque d’entraîner un effet pervers. Imaginez le consommateur dans un supermarché face à deux bouteilles de Coca-Cola, une en verre, l’autre en plastique. Laquelle des deux va-t-il privilégier selon vous ? Je pense qu’il évitera le produit le plus contraignant qui lui imposera une consigne à 10 ou 15 centimes. La mise en place d’une consigne verre ne peut être que combinée avec un modèle plastique… sous peine de promouvoir ce dernier.

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