La France parviendra-t-elle à réduire l’impact de ses emballages ménagers en 2030 conformément aux réglementations française et européenne ? « Les objectifs sont ambitieux et le temps court », a admis Jean Hornain, directeur général de Citeo, lors d'une conférence le 16 mai. Outre les défis dans le domaine de la réduction des emballages plastiques (-20% d’ici fin 2025) et les 10% d’emballages réemployés à horizon 2027, Nicolas Furet, directeur performance réduction, réemploi et recyclage de Citeo s’est attardé sur les enjeux du dernier «R» (recyclage, donc). D’ici sept ans, la France devra, selon la méthodologie européenne, collecter, trier et recycler 70% de ses emballages contre 66% en 2021. Elle devra surtout -et c’est là que réside le challenge-, atteindre des objectifs par matériau (carton, verre, aluminium, acier et plastique).
Urgence sur les cartons, les plastiques et l’aluminium
Pour l’instant, dans l’Hexagone, trois matériaux sur les cinq sont à la peine face aux objectifs européens, a indiqué la société à mission. En 2021, les cartons étaient recyclés à 66%, les plastiques à 23% et l’aluminium à 34% alors que l’Europe fixe des cibles de taux de recyclage respectifs de 85%, 55% et 60% pour 2030. «Suivant nos projections, et en prenant en compte nos leviers actuels (NDR : écoconception, collecte sélective hors foyer, simplification du geste de tri, gratification…), il nous restera une quinzaine de points à aller chercher sur les cartons, plus de 20 points sur les plastiques et 10 points sur l’aluminium », a détaillé Nicolas Furet. Rappelant la responsabilité collective (industriels, collectivités, opérateurs et consommateurs) face à l’urgence environnementale liée à la consommation de matériaux, le directeur performance 3R de Citeo a égrené les solutions envisagées pour atteindre les objectifs.
700 000 tonnes de déchets supplémentaires dans le bac jaune
Capter le carton par de l’apport volontaire, à l’instar de ce qui se fait déjà sur le verre via des bennes, est la première voie envisagée. La part du matériau doit augmenter de 30% dans les années à venir, projette Citeo, qui prévoit, par ailleurs, 700 000 tonnes de déchets d’emballages supplémentaires collectées à horizon 2030. Autre proposition : la généralisation d’une tarification incitative à l’ensemble du territoire national. Déjà appliquée par certaines collectivités locales, la mise en place d’une fiscalité pour les ménages «démultiplierait les gestes de tri», considère Nicolas Furet pour qui «il sera impossible de s’en passer». Les collectivités pourraient aussi bénéficier d’un barème plus avantageux de la part de Citeo prenant en compte la performance de leurs collectes. A eux seuls, ces leviers, s’ils voient le jour, amélioreraient de 17% le taux de recyclage des cartons et de 11% les plastiques.
Indispensable consigne pour recyclage
Autre moyen pour améliorer le recyclage des plastiques : la consigne pour recyclage des bouteilles pour boisson. Citeo espère améliorer de dix points son taux de recyclage grâce à cet emballage en polyéthylène téréphtalate (PET), déjà bien recyclé (deux tiers le sont en France) et qui représente 10% des déchets en polymère. Cette consigne, qui provoque la bronca des élus, est aussi présentée comme une solution efficace pour capter l’aluminium dont la part, comme le carton, doit croître significativement dans les bacs de tri des prochaines années (+40% environ). Citeo espère ainsi améliorer de 32% son taux de recyclage du métal, à partir de canettes.
Outre l’amplification de la sensibilisation du consommateur aux gestes de tri, l’éco-organisme indique s’intéresser au refus de tri pour valoriser des matériaux destinés à l’enfouissement ou à l’incinération. «Il y a encore des emballages et des papiers à ramener dans les filières de recyclage», assure Nicolas Furet. «On n’a pas le temps de ne pas décider», a conclu Nicolas Furet. «C’est maintenant qu’il faut activer tous les leviers de manières complémentaires».



