Le sauvetage de la papeterie Chapelle Darblay au point mort, les élus s'impatientent

Le président (PS) de la métropole de Rouen (Seine-Maritime) Nicolas Meyer-Rossignol a écrit à Emmanuel Macron pour qu’il fasse pression sur le propriétaire de l’usine de Chapelle Darblay. Le groupe finlandais UPM assure n'avoir toujours pas trouvé de repreneur pour ce site fermé depuis juin 2020.

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Bobines de papier journal en 2019 avant la fermeture Chapelle Darblay
Des bobines de papier journal à l'usine Chapelle Darblay en Seine-Maritime.

Nicolas-Mayer Rossignol, président (PS) de la métropole de Rouen (Seine-Maritime), a décidé d’écrire au président de la République pour que celui-ci "mette tout son poids politique" afin qu’il "facilite la reprise du site" de la papeterie de Chapelle Darblay,propriété dugroupe papetier finlandais UPM, une usine installée à Grand-Couronne près de Rouen.

Quelles pistes de reprise ?

L’usine fabriquait depuis 1985 du papier journal à partir de fibre recyclée. Elle a fermé en juin 2020 dans un contexte d’effondrement de la consommation de papier journal. Les syndicats de Chapelle Darblay, qui représentent les 230 salariés, ont obtenu que l’outil industriel soit maintenu en état de marche par UPM jusqu’en juin 2021, "pour que l’on se donne les moyens de chercher des repreneurs". Les pistes de reprise portent sur le papier pour l’emballage carton, la ouate de cellulose (pour l’isolation par exemple) mais aussi le papier d’hygiène et le papier graphique, à partir de pâte recyclée.

Si cela devait s’avérer nécessaire, Nicolas Mayer-Rossignol ne serait pas hostile au principe de constituer avec d’autres collectivités une société d’économie mixte (SEM) qui "assurerait la transition" vers un repreneur en prenant à sa charge certains coûts, par exemple le foncier. Ce n’est pas sans rappeler une initiative menée en 2013 par le département de l’Eure qui avait fait l’acquisition éclair du site papetier de M’Real à Alizay avant de le revendre au thaïlandais Double A, les deux papetiers ne parvenant pas à négocier.

Chapelle Darblay, symbole de l’économie circulaire

Dans son courrier au président de la République, Nicolas Mayer-Rossignol plaide pour "un engagement politique national fort [afin que] le propriétaire accepte de vendre et ne laisse pas le site à l’abandon". Le propriétaire actuel, écrit-il, "doit accepter les projets de reprise industrielle qui lui seront soumis dans les prochaines semaines". "Des projets il y en a !", insiste-t-il. Le président de la métropole de Rouen suspecte UPM de vouloir se "débarrasser" de son site qui "risque de fermer [définitivement, NDLR] en juin si les pouvoirs publics n’agissent pas…"

L’arrêt définitif de Chapelle Darblay relèverait de "l’absurdité absolue", selon Nicolas Mayer-Rossignol, l’usine étant le "symbole" de "l’économie circulaire" puisqu’elle a vocation à transformer en papier - ou autres produits - des déchets issus de la collecte sélective.

Avant sa fermeture, l’usine récupérait 350 000 tonnes de journaux, revues, magazines et prospectus via quelque 350 contrats passés avec des collectivités représentant 24 millions de personnes dans un grand quart nord-ouest de la France. "Après l’arrêt de Chapelle Darblay, nous avons trouvé un repreneur pour nos déchets qui se trouve dans l’Est de la France et nous avons perdu 120 000 euros sur l’année", explique Olivier Paz, président du syndicat de traitement de déchets de l’agglomération de Caen (Calvados).

"Quel serait notre intérêt de ne pas vendre?" interroge UPM

Le groupe UPM estime quant à lui qu'il fait l'objet d’un procès d’intention. "Depuis septembre 2019 [date à laquelle UPM a mis en vente le site de Chapelle Darblay], nous sommes suspectés de ne pas vouloir vendre. Mais quel serait notre intérêt de ne pas vendre ?", s’interroge Daniel Schwab, président du conseil de surveillance d’UPM France. Le groupe papetier finlandais affirme n’avoir reçu "aucune offre ferme de reprise à des conditions reflétant la valeur de son outil industriel", une usine située sur un terrain de 33 hectares disposant d’une unité de tri, de deux machines à papier, d’une unité de désencrage et d’une chaudière biomasse. Il affirme que 400 sociétés dans le monde ont été contactées soit directement par UPM, soit par Business France, l'établissement public de l’État chargé d’attirer les investissements en France, et la région Normandie dans le cadre de la Commission industrielle Chapelle Darblay animée par le préfet de Normandie depuis janvier 2020.

Les grands groupes papetiers internationaux n’ont pas manifesté d’intérêt pour la reprise de Chapelle Darblay, à l’exception du cartonnier belge VPK Packaging qui est de nouveau en discussion avec UPM après s’être retiré des négociations en 2020. Pour Stéphane Panou, président de la filière papiers/cartons de Federec, la fédération professionnelle des entreprises du recyclage, la production de papier pour ondulé destiné à l’emballage carton doit constituer le "socle" de la reconversion de Chapelle Darblay. C’est un marché en croissance de 4 % par an du fait de l’essor de l’e-commerce, lui-même dopé par la crise sanitaire, explique-t-il. Cela impliquerait une transformation de la machine à papier, c’est-à-dire un investissement de l’ordre de 80 à 100 millions d'euros.

Le carton sera-t-il l’avenir des papeteries ? À Golbey (Vosges), où se trouve la plus grosse unité de production de papier journal d’Europe de l’Ouest, le groupe norvégien Norske Skog a récemment annoncé la transformation de l'une de ses deux machines à papier pour fabriquer du papier pour ondulé.

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