La Giga Berlin de Tesla obtient le droit de s’agrandir, les militants écologistes promettent de nouvelles actions

En dépit de la mobilisation d’une partie des habitants, le constructeur automobile Tesla a obtenu le feu vert pour une extension sur 50 hectares sur son site de Grünheide à côté de la capitale allemande, pour construire un centre logistique et une gare de marchandises. La contestation prend de l’ampleur.

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ZAD aux alentours de la Giga Berlin
Mobilisation dans la forêt de Grünheide, à proximité de Berlin.

A Grünheide, à 30 kilomètres de Berlin, le bras de fer entre le géant Tesla et les militants écologistes et anticapitalistes n’est pas près de prendre fin. A l’issue du conseil municipal du 16 mai, le constructeur américain a en effet obtenu l’autorisation d’agrandir son usine de production de véhicules électriques de 50 hectares supplémentaires. «Je suis très heureux de ce vote positif, a commenté Jörg Steinbach, le ministre de l’Economie du Land de Brandebourg. Les élus n'ont certainement pas pris leur décision à la légère, mais je suis convaincu qu’elle va dans le sens de l’intérêt de la région, notamment en termes d’infrastructures modernes et durables.»

La gigafactory dispose déjà d’un site de 300 hectares pour une capacité de production théorique de 500000 véhicules électriques par an. En 2022, elle avait déposé son «B-Plan 60» qui visait s’agrandir en abattant les arbres aux alentours. «Tesla le justifie par sa volonté de passer à un million de véhicules fabriqués par an, alors qu’il en est actuellement à peine à 250000 sur son espace existant», critique cependant Manu Hoyer, présidente de l'initiative citoyenne Grünheide. De son côté, Tesla argumente que le B-Plan 60 ne concerne pas uniquement l’usine : outre la construction d’un nouveau bâtiment logistique, l’entreprise veut construire une gare de marchandises pour réduire de 1000 le nombre de poids lourds sur les routes par jour et une crèche pour les enfants de ses 11 800 employés.

Un combat symbolique sur une zone protégée

Reste que, pour les activistes, l’abattage de 50 hectares d’arbres supplémentaires ne passe pas. Et le maire Arne Christiani a beau se défendre en indiquant que Grünheide est couverte à 80% de forêts, pour eux, un arbre abattu est déjà un de trop. «Nous nous dirigeons vers une crise climatique majeure et notre combat a une valeur symbolique», proteste Roman, porte-parole de l’association «Arrêter Tesla», rencontré dans la Zone à défendre (ZAD) qui a installé, depuis douze semaines, des dizaines de cabanes dans les arbres à 500 mètres de l’usine.

Le jeune homme rappelle que l’usine, qui consomme 500000 m3 d’eau par an, est installée sur une zone protégée, alors que le Brandebourg connaît d’intenses périodes de sécheresse. De plus, selon une enquête du magazine Stern, 26 incidents environnementaux auraient été signalés depuis l’ouverture de l’usine en 2022, incluant des fuites de peinture.

Le projet déjà réduit de moitié 

Ces dernières semaines, l’opposition a pris des allures de lutte du pot de terre contre le pot de fer. «Ici, nous voyons comment les profits d'une méga-entreprise passent avant les besoins des gens», insiste Caro Weber, militante d'Arrêter Tesla. Elle fait référence à un référendum mené en février dernier, lors duquel 3499 habitants de Grünheide s’étaient prononcés contre l’extension de Tesla, contre 1882 pour. Si le vote n’avait pas de valeur contraignante, Tesla a accepté en guise de compromis de revoir son projet d’agrandissement à la baisse, en passant de 100 à 47 hectares.

Loin d’être suffisant pour les opposants : «en collaboration avec des associations environnementales, nous allons engager une procédure juridique contre la décision du conseil municipal», a d’ores et déjà prévenu Steffen Schorcht, co-fondateur de l’initiative citoyenne Grünheide.

Mais en face, de nombreuses personnes, à commencer par les salariés de Tesla et leur famille, ont également tenu à montrer leur solidarité envers l’employeur. «Depuis la réunification, il n’y a pas beaucoup de grandes entreprises dans la région, rappelle Selim, employé à la Giga Berlin. Tesla fournit du travail à de nombreux jeunes de Berlin, du Brandebourg et de Pologne et provoque aussi un appel d’air qui attire d’autres entreprises.» A Grünheide, qui était jusqu’à l’arrivée de Tesla une bourgade tranquille, la cristallisation autour du géant américain est à son comble.

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