La France se tourne vers les Emirats pour compenser ses importations de diesel russe

TotalEnergies a signé un accord pour sécuriser son approvisionnement en diesel par les Emirats arabes unis lors de la visite officielle en France du président des Emirats arabes unis Mohammed Ben Zayed. 

Réservé aux abonnés
Abu Dhabi, Emirats Arabes Unis
La France cherche à sécuriser ses approvisionnements en diesel avec les Emirats arabes unis

Les temps changent. La visite officielle du président des Emirats arabes unis Mohammed Ben Zayed à Paris n’a pas débouché sur une avalanche de grands contrats pour les industriels de l’armement – 80 Rafale avaient été vendus en décembre 2021 lors du déplacement d’Emmanuel Macron à Abou Dhabi. Au lieu de cela, l’Elysée misait sur la signature d’un accord bilatéral dans pour sécuriser les approvisionnements en hydrocarbures de la France et en particulier sur « des garanties de fourniture en quantité de diesel », selon l’Elysée en amont de la visite.

Partenariat stratégique sur l'énergie

Dans la déclaration commune, les deux pays « se félicitent de l'accord entre TotalEnergies et ADNOC, la compagnie nationale émirati, sur la fourniture de carburant, dans le but d'accroître la sécurité de l'approvisionnement de la France». Les deux groupes pétroliers ont de leur côté confirmé un accord de coopération pour développer ensemble des projets dans plusieurs domaines, notamment «l’approvisionnement en diesel de la France par les Emirats arabes unis», le gaz et un projet de capture de carbone aux Emirats, selon le communiqué conjoint des deux groupes. Les détails n'ont pas été précisés. Un partenariat stratégique a par ailleurs été signé entre les deux pays pour « renforcer leur coopération dans le domaine énergétique » et doit permettre d’identifier des projets d’investissement commun dans l’hydrogène, le nucléaire et les énergies renouvelables. 

«On négocie à l’initiative du gouvernement français un accord pour avoir accès à du diesel et du fioul des Emirats arabes unis l’hiver prochain si besoin, Total étant l’opérateur de cet accord», avait résumé son PDG Patrick Pouyanné, lors de son audition au Sénat le 13 juillet. Bien implanté dans le pays, le groupe pétrolier français y dispose déjà d’une usine de lubrifiant et produit l’équivalent de 280 000 barils équivalent pétrole par jour.

Pour l'Europe, il y a urgence à diversifier ses sources d'approvisionnement. Dans son sixième round de sanctions contre Moscou, l’Europe a prévu de suspendre début février 2023 la quasi-totalité de ses importations russes en pétrole brut et en produits raffinés, notamment en diesel et fuel. Les capacités de raffinage européennes, qui ont fortement diminué depuis dix ans, ne couvrent que 75 % de la demande européenne de diesel, le continent étant de loin le plus gros consommateur mondial. Jusqu’à 2021, celui-ci importait massivement de Russie, qui couvrait environ la moitié de ses importations.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Pas de pénurie de diesel à venir selon Total

Contrairement au pétrole brut, le marché du diesel est cependant plus fragmenté : les teneurs, en souffre notamment, divergent sur les différents marchés et les raffineries du Moyen-Orient étaient jusque-là davantage tournées vers les marchés asiatiques. « Il n’y aura pas de problème de volume», rassurait Patrick Pouyanné, devant le Sénat. En revanche, les prix du diesel restent à un niveau inédit, avec une prime proche de 20 dollars par rapport au pétrole brut.« Le diesel russe est redirigé vers l’Inde et l’Amérique latine, nous devons ramener des flux du Moyen-Orient. Le système ne s’étant pas réorganisé, le marché anticipe des difficultés », explique le PDG de TotalEnergies, dont le groupe a déjà commencé à réorienter le diesel produit par sa raffinerie saoudienne de Satorp vers l’Europe. 

La France n’est pas la seule à courtiser les pétromonarchies pour augmenter ses approvisionnements en hydrocarbures. D’autant qu’au sein de l’OPEP, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont les seuls pays à avoir encore de la marge pour pomper plus de pétrole. Ils s’en tiennent pour l’instant au calendrier de hausse mesurée fixée par le cartel et ses alliés de l’OPEP +. Le président américain Joe Biden n’a pas obtenu d’engagement de l’Arabie saoudite de mettre davantage de barils sur le marché.

Effervescence des dirigeants européens 

Outre le pétrole, les dirigeants européens s’activent tout azimut pour diversifier leurs approvisionnements en gaz, le problème le plus urgent à court terme. Le Président du conseil italien Mario Draghi était à Alger, le 19 juillet, pour obtenir une augmentation de 4 milliards de m3 ses livraisons de gaz par gazoduc depuis l’Algérie pour cette année. En parallèle, un contrat de quatre milliards de dollars a été signé entre l’italien Eni, le groupe algérien Sontrach, Totalenergie et le groupe américain Occidental pour développer l’exploitation d’un gisement gazier et pétrolier dans le sud-est algérien.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est de son côté rendu la veille à Bakou, en Azerbaïdjan pour signer un accord de coopération renforcée en matière de fourniture de gaz. L’Azerbaïdjan s’est déjà engagé à fournir 12 milliards de m3 de gaz en 2022 à l’Union européenne, contre 8,1 milliards en 2021. Le pays prévoit d’atteindre au moins 20 milliards de m3 d’ici 2027.

Abonnés
Le baromètre de l’énergie
Prix de l’électricité et du gaz, production nucléaire, éolienne et hydraulique… Notre point hebdo sur l’énergie en France.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.