Le deuxième supercalculateur exaflopique haut de gamme d'Europe "Jules Verne" a trouvé sa destination. Il sera hébergé en France au Très Grand Centre de Calcul (TGCC) du Commissariat aux énergies alternatives et à l'énergie atomique (CEA) à Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne. Il représente un investissement conjoint partagé entre la France, les Pays-Bas et l'UE d'environ 542 millions d'euros en cinq ans, financé à hauteur de 50% par la coentreprise européenne de calcul intensif EuroHPC.
Grâce à sa capacité de calcul de plus de 1 exaflops (1 milliard de milliards d’opérations en virgule flottante par seconde), Jules Verne contribuera à résoudre des défis dans plusieurs domaines, tels que le développement de l'énergie de fusion, l'analyse rapide des données génomiques pour les mutations virales et la gestion du changement climatique par la fourniture de modèles de prévisions météorologiques à plus haute résolution. Il fera également progresser les capacités européennes de simulation quantique. Il sera accessible aux chercheurs et industriels européens à partir de 2025.
Relever les défis scientifiques et technologiques
«L'approbation par EuroHPC de la candidature du consortium Jules Verne est une excellente nouvelle pour la recherche française et européenne, se félicite Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ces moyens de calcul seront nécessaires pour relever les défis scientifiques et technologiques qui nous attendent, comme le changement climatique, la transition énergétique ou la santé. Le supercalculateur jouera donc un rôle clé pour garantir notre souveraineté technologique et notre compétitivité industrielle, et j'espère que de nouveaux partenaires publics et privés rejoindront le consortium dans les prochaines semaines".
Jules Verne est le deuxième supercalculateur exaflopique européen, après Jupiter qui sera installé en 2024 au centre de recherche FZJ à Juliers, en Allemagne, pour un budget de 273 millions d’euros. Il rejoindra une infrastructure de plusieurs supercalculateurs pré-exaflopiques financés à moitié par EuroHPC dont le Discoverer en Bulgarie, le Karolina en Tchéquie, le MareNostrum5 en Espagne, le Leonardo en Italie, le MeluXina au Luxembourg, le Deucalion au Portugal, le Vega en Slovénie et le LUMI en Finlande.
Aujourd’hui, LUMI fait office de supercalculateur le plus puissant d’Europe et de troisième dans le monde avec une puissance de calcul crête de près de 430 petaflops (1 petaflops vaut 1 million de milliards d’opérations en virgule flottante par seconde). Construit par l’américain HPE, il équipe le centre de calcul de l’université de sciences appliquée de Kaajani, en Finlande. Son budget de 200 millions d’euros en cinq ans est financé à moitié par EuroHPC et à moitié par dix pays européens dont la Finlande, la Suède, la Norvège et Danemark, mais pas la France.
Ouverts à d'autres instituts de recherche et industriels
Le consortium Jules Verne réunit coté français le Grand Equipement National de Calcul Intensif (GENCI) en tant qu'entité d’accueil et le CEA en tant que site d’hébergement, et coté Pays-Bas, le SURF, le centre national de calcul intensif néerlandais. Sur le budget total de 542 millions d'euros, 271 millions d'euros sont apportés par EuroHPC, 8 millions d'euros par le ministère néerlandais de la Culture, de l'Education et des Sciences et 263 millions d'euros par le gouvernement français. L'ONERA et l'IFPEN ont exprimé leur intention de rejoindre la partie française du consortium, ouvrant la voie à d'autres instituts de recherche et à des industriels français. Le consortium Jules Verne est prêt à accueillir d'autres pays en tant que partenaires.
Le monde compte aujourd’hui un seul supercalculateur exaflopique. Il s’agit du Frontier équipant l’Oak Ridge National Laboratory, aux Etats-Unis. Construit par HPE, il offre une puissance de calcul crête de 1,7 exaflops.
Les détails techniques ne sont à ce stade connus ni pour Jupiter ni pour Jules Verne. Mais le communiqué commun des gouvernements français et néerlandais précise que Jules Verne "pourra intégrer de nouvelles technologies souveraines européennes", ce qui signifie qu'il pourrait être motorisé par des processeurs européens comme le Rhea en cours de développement par la start-up SiPearl. La feuille de route d'EuroHPC veut qu'au moins un supercalculateur exaflopique sur deux soit basé sur des technologies européennes. Jusqu'ici, tous les supercalculateurs européens s'appuient sur des technologies américaines issues de fournisseurs comme Intel, AMD ou Nvidia.



