L’Usine Nouvelle : Fibre Excellence fait partie des entreprises reçues à Versailles lors du dernier sommet Choose France. Sa maison mère, le groupe canadien Paper Excellence, a annoncé 190 millions d’euros d’investissement. A quelles fins ?
Jean-François Guillot : L’investissement concerne nos deux sites : Fibre Excellence Provence, dans les Bouches-du-Rhône, et Fibre Excellence Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Le premier recevra 150 millions d’euros pour créer une activité de production de pâte dite « Fluff ». Actuellement, 100 % de cette dernière est importée en France. Elle se retrouve dans des produits d’hygiène absorbant (couches pour bébés, protections féminines, ndlr). L’usine bénéficiera aussi de 25 millions d’euros pour substituer, d’ici deux trois ans, le fioul utilisé dans les process par des alternatives issues de la biomasse. A Saint-Gaudens, 15 millions d’euros sont dédiés à la diminution de la consommation de gaz. Nous voulons la réduire de près de 15 % d’ici à 2026. D’autres investissements seront également menés en parallèle pour moderniser les équipements.
Des emplois seront-ils créés ?
Il s’agira surtout d’assurer la pérennité de l’usine de Provence. Si une dizaine de nouveaux postes pourraient être créés, nous garantissons le maintien de 260 emplois.

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Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
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Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
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Trim 4 2025
Bois de trituration - Toutes catégoriesBase 100 au 4e trimestre 2011
Quelles perspectives offre la production de pâte « fluff » ?
Ce projet s’inscrit dans une stratégie de flexibilité et de diversification engagée par Fibre Excellence depuis quelques années. Les prévisions font état d’une forte hausse de la demande de pâte à papier de manière générale. La France en produit 1,6 million de tonnes et en importe 900 000 tonnes. La pâte « fluff » provient quant à elle essentiellement d’Amérique et de deux industriels scandinaves. En fabriquant de la pâte « fluff », Fibre Excellence se positionne sur un marché porteur avec une volonté de créer une production locale, au plus proche des clients. Nous consacrerons 100 000 tonnes de notre production à la France et, plus globalement, 60 % de la production sera vendue en Europe. Le projet s’inscrit également dans une démarche environnementale. En plus de la suppression des émissions carbones liées au transport, la pâte sera produite avec un procédé de délignification à l’oxygène, qui évite l’utilisation de chlore.
Où en est Fibre Excellence avec ses émissions de CO2 ? Quand atteindrez-vous la neutralité carbone ?
Nos deux sites rejettent 80 % de CO2 biogénique, le carbone stocké dans le bois qui est libéré lors du process. Ce carbone est considéré comme neutre. Notre estimons que nous pourrons atteindre la neutralité en 2027, après l’arrêt de notre consommation d’hydrocarbure.
Un autre marché d’avenir est l’emballage. En 2022, Fibre Excellence et Veolia ont annoncé un projet de reprise de l’usine de Grand-Couronne (autrefois appelée Chapelle-Darblay), près de Rouen, pour en faire une usine de papier pour carton ondulé. Où en êtes-vous ?
C’est effectivement une autre activité sur laquelle l’entreprise porte des ambitions. L’usine sera pleinement opérationnelle fin 2026. C’est plus tard que ce que nous souhaitions. Il a fallu attendre que Veolia garantisse notre approvisionnement de matière. Notre partenaire s’est engagé à approvisionner la moitié de nos besoins, environ 225 000 tonnes de papier-carton usagé. 400 000 tonnes de papier pour ondulé y seront produites.
Quid du financement ? Le projet nécessitera 245 millions d’euros d’investissement, où en êtes-vous ?
Nous prévoyons d’obtenir le financement à la fin de l’année. C’est à dire environ 245 millions d’euros, répartis entre environ 23 % de fonds propres et associés, des prêts – publics et privés – à hauteur de 65 % et des aides publiques à hauteur de 12 % (soit environ 30 millions d’euros).
La diversification est donc un axe majeur de votre développement. Avez-vous d’autres projets ?
Nous consacrons entre 4 et 5 millions d’euros chaque année à la R&D. L’objectif n’est pas d’utiliser davantage de ressources mais de créer de nouveaux produits spécialisés à partir d’une quantité de matière première identique. Parmi nos projets phares, Bio 4 permettra, par exemple, de produire différents sucres destinés à l’agroalimentaire, la cosmétique ou la chimie verte. Ils seront issus des hémicelluloses, des déchets de notre process. Le département R&D de Fibre Excellence travaille également sur des biocarburants, à travers des partenariats. Il regarde aussi comment le CO2 biogénique pourrait entrer dans des composés pour faire du e-fuel. Ces développements sont encore soit au niveau de réflexion, soit de petite production. Il nous reste encore à valider les phases technico-économiques pour savoir s’il est pertinent de passer au stade supérieur.
L’édition 2024 de Choose France a annoncé un record d’investissements en France, symbole que le pays est attractif. Quel regard portez-vous sur l’Hexagone après plus de 14 ans d’activité industrielle ?
Dans le passé, la France était perçue comme un pays où il était difficile d'investir. Les choses ont changé. Cela résulte, en partie, de la vision politique du président Macron. Avoir des partenaires publics qui cautionnent nos investissements au niveau français, nous permet de débloquer des situations, comme avec nos partenaires bancaires. Mais il n’y a pas que le soutien monétaire. Les discussions sont globalement plus constructives. Quand nous rencontrons un obstacle, comme cela a pu être le cas dans notre usine de Provence par le passé, les portes du gouvernement sont ouvertes. Les échanges sont possibles. Je constate aussi une approche plus positive des syndicats. Même sur des sujets difficiles, il y a des discussions et une volonté commune d’aller de l’avant. Les postures ont changé. Toutes les parties sont conscientes de devoir trouver la meilleure solution.



