Ancienne papeterie devenue bio-raffinerie, l’usine de Tartas (Landes) du groupe Ryam fait feu de tout bois, ou presque. 50 000 tonnes de pin maritime y sont consommées chaque mois. L’usine, l’une des cinq de ce type dans le monde (la seule en France, l'une des deux en Europe), exploite la matière végétale pour en extraire des composés qui serviront à l’industrie de la chimie et comme combustible consommé sur place.
Avec ses trois chaudières, dont une à biomasse, l’industriel en a bien besoin. Son process continu qui mêle opérations de cuisson, de purification et de séchage avec des produits chimiques (ammoniaque, soude et chlorate de sodium notamment), est non seulement très utilisateur d’eau mais aussi énergivore. Il consiste à transformer les résineux de la région en pâte blanche -la cellulose-, dont les propriétés serviront aux grands acteurs du monde de la chimie renouvelable pour des applications dans l’industrie, l’agroalimentaire, l’hygiène, la pharma... « Le monde en utilise tous les jours sans le savoir », assure Christian Ribeyrolle, ancien directeur du site et actuel vice-président de l’activité biomatériaux du groupe.
Livrée en grosses bobines aux quatre coins de la planète, la cellulose, bien connue dans le monde du papier, entre ici dans la composition de produits aussi divers que des peintures, mortiers, glaces et autres plats préparés. «C’est un texturant», explique Christian Ribeyrolle. Le consommateur en retrouve aussi dans le dentifrice, les capsules de médicaments. Transformée également en nitrocellulose, la cellulose de haute pureté intervient comme explosif pour déclencher les airbags des voitures. «A Tartas, notre spécialité est l’éther de cellulose. Sa particularité est d’être soluble dans l’eau», précise le dirigeant. Suivant d’autres procédés, le composé permet de produire de l’acétate de cellulose, présent dans les filtres de cigarette, mais également comme bioplastique dans certaines montures de lunettes, le textile et même dans des écrans LCD.
Laurent Rousselle L'usine produit environ 500 tonnes par jour de cellulose de spécialité.

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Du fluff à la cellulose de haute pureté
Avec une capacité de production de 140 000 tonnes de cellulose de spécialité par an, le site de Tartas est l’un des plus importants des quatre détenus par le groupe américain, premier fabricant mondial avec une capacité de production d’environ d’un million de tonnes par an (un tiers du marché global). Le marché se porte bien pour l’industriel qui a réalisé 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2022. «La demande augmente de 3% en moyenne par an», indique Christian Ribeyrolle. Il y a vingt ans pourtant, la cellulose de spécialité ne représentait que 20 % de la production du site de Tartas. Le gros de l’activité était alors consacrée à la pâte dite "fluff" destinée aux produits d’hygiène absorbante. Après plusieurs centaines de millions d’euros d’investissement, la fabrication de cellulose de haute pureté s’est imposée et représente désormais la totalité de la production. Et l’exploitation du bois est loin d’être terminée. Dans un contexte climatique qui promeut la bioéconomie, le groupe Ryam développe sa vision. «La cellulose de spécialité utilise 40% du bois sec. Pour les années à venir, notre objectif vise à développer de nouveaux marchés avec les 60% restants ».
Laurent Rousselle La première unité de production de bioéthanol cellulosique de seconde génération commencera sa production au premier trimestre 2024.
Bioéthanol cellulosique de seconde génération
L’innovation est au cœur de la stratégie du groupe. Le premier projet à voir le jour sera une unité de production de bioéthanol cellulosique de seconde génération. La toute première en France. L’unité, dont les travaux de génie civil sont actuellement en cours, sera opérationnelle au premier trimestre 2024. 21 millions de litres pourront y être produits. Le premier marché sera celui des transports. L’automobile tout d’abord. «Même si les véhicules thermiques ne sont plus vendus à partir de 2035, il restera un parc d’auto à faire rouler», explique Christian Ribeyrolle.
Dans un second temps, le bioéthanol pourrait aussi servir dans la production de SAF (sustainable aviation fuel), l’alternative biosourcée au kerosène qui fera voler les avions demain. «Le coût sera plus important que les biocarburants issus de blé, maïs, ou de canne à sucre mais n’entrera pas en compétition avec l’industrie agroalimentaire, n’utilisera aucune matière première supplémentaire et tout ceci avec un bilan carbone bien inférieur au combustible fossile». La chimie du bois qui permettra de fermenter le sucre pour en faire de l’éthanol intéresse aussi les acteurs de la cosmétique et des parfums en particulier, impatients de troquer l’alcool de leur formule par un équivalent au bilan environnemental amélioré.
La cellulose de bois pour substituer celle du coton
Suivant le concept de bioraffinerie qui vise à exploiter -toujours mieux-, la ressource bois, la R&D de Ryam travaille au développement de nouveaux produits qui substitueront ceux ayant un impact environnemental négatif comme le coton. Essentiellement connue pour ses fibres utilisées par l’industrie du textile, les poils de la graine produit le meilleur de la cellulose. «Cela reste une référence aussi bien en termes de pureté que de viscositémais comporte pas mal de points négatifs», assure Christian Ribeyrolle. Son exploitation reste limitée. A cause des OGM, pesticides et autres insecticides présents dans sa culture, le coton -décrié par ailleurs pour sa consommation d’eau-, est incompatible avec des débouchés dans l’alimentaire ou la pharma. En outre, les aléas climatiques qui empêchent de prévoir la qualité et les quantités de matière, constituent un problème pour les industriels qui se retrouvent confrontés à une forte volatilité des volumes disponibles et des prix. Autant de bonnes raisons qui motivent Ryam à trouver une alternative beaucoup plus durable. «Notre bois est certifié PEFC. Il est issu de déchets et de forêt bien géré. Il ne contient ni OGM, ni pesticide», fait valoir le dirigeant. Reste maintenant à savoir si la ressource, plus que jamais convoitée à l’ère du défi climatique, restera disponible. Construction, énergie, papier carton,… la demande de bois ne cesse de croître. Et la multiplication des incendies, s’ils s’intensifient, pourrait bien encore compliquer la donne.



