La filière oeufs, victime collatérale de l'épizootie de grippe aviaire

La grippe aviaire et l'augmentation du prix de l'alimentation animale mettent à mal l'équilibre de la filière œuf. Certains acteurs craignent une pénurie dans les rayons.

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conditionnement d'oeufs
Le prix des oeufs a été doublé en quelques semaines.

« La filière œufs est en grande difficulté ». Jean-Philippe Puig, directeur général d'Avril, le groupe à la tête des œufs Matines, ne cache pas sa préoccupation. «Il manque actuellement 6% de la production pour atteindre l'équilibre», confirme Loïc Coulombel, vice-président du CNPO (Comité National pour la promotion de l'oeuf). En cause : l'épidémie de grippe aviaire qui a engendré l'abattage de trois millions de poules pondeuses sur un cheptel de 55 millions. «Habituellement, la France produit 42 millions d'œufs par jour, cela signifie que le marché est autosuffisant à hauteur de 120% mais avec l'épidémie, il y a un risque de déséquilibre », avertit Loïc Coulombel.

Pas de disponibilité en Europe

La situation ne concerne pas uniquement la France. L'ensemble des pays européens, y compris les plus gros producteurs comme la Pologne, sont également touchés par l'épizootie. Résultat, il manquerait, à l'échelle européenne, plus de 16 millions de poules pondeuses. «Cela signifie qu'il n'y a pas de disponibilité ailleurs pour faire face à la demande soutenue », s'inquiète le responsable, «d'autant plus que l'Ukraine, autre gros producteurs d'ovoproduits n'est plus, compte tenu du conflit, un producteur sur lequel on peut compter ».

Même son de cloche chez le groupe Avril qui n'hésite pas à prédire des risques de pénuries dans certains rayons de supermarchés. «Aujourd'hui, nous sommes face à une situation qui était inimaginable encore au début de l'année, mais nous manquons d'œufs», confirme Jean-Philippe Puig.

Envolée des prix

Cette situation, conjuguée à la forte hausse des prix de l'alimentation animale, se traduit par une envolée des cours. Entre février et avril 2022, le prix de la centaine d'oeufs est passé de 6 euros à 12 euros. Selon les responsables, compte tenu du temps nécessaire à la mise en place de nouvelles têtes de poules pondeuses, la situation devrait se prolonger au moins jusqu'à la fin de l'année. «Sachant qu'il manque actuellement entre trois et quatre millions de poules et qu'il faut en moyenne deux à trois mois pour commander les nouvelles poules puis 18 semaines d'élevage, nous n'attendons pas de retour à l'équilibre dans les six prochains mois», observe Loïc Coulombel.

Une hausse qui amène certains industriels à changer leurs recettes pour substituer l'œuf par d'autres texturants. Ainsi, certains n'hésitent pas à opter pour la protéine de soja pour reproduire la texture du blanc d'œuf dans les produits cuisinés. D'autres vont même jusqu'à  sortir certains produits de leurs gammes le temps que les coûts se résorbent...

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