Alors que la quasi totalité des industries françaises se sont retrouvées à plat après la crise sanitaire, la filière vélo profite pleinement d'une explosion de la demande. Pourtant, rien ne semblait gagné d'avance. Après une année 2019 record (2,33 milliards d'euros de chiffre d'affaires, +10,1 % par rapport à 2018), le marché s'est effondré pendant le confinement. Selon les chiffres de la fédération Union sport & cycle, les distributeurs et réparateurs estiment leur perte de chiffre d'affaires à 170 millions d'euros au premier semestre 2020, par rapport à la même période en 2019, soit une chute de 42 %.
Pourtant, bien loin de pédaler dans la choucroute, les fabricants se sont rapidement remis en selles et sont passés à la vitesse supérieure. Poussée, entre autres, par les aides du gouvernement (prime de 50 euros pour réparer son vélo et aide jusqu'à 400 euros pour les salariés allant au travail en bicyclette) et par la volonté d'éviter la voiture et les transports en commun, une partie croissante de la population s'est ruée dans les magasins de cycles. "Entre le 11 mai et le 7 juin, le chiffre d'affaire de la filière a augmenté de 117 % par rapport à la même période de 2019, confie à L'Usine Nouvelle un responsable de l'Union sport & cycle. S'il a pu y avoir quelques ruptures de stocks partielles lors du déconfinement, fabricants et fournisseurs arrivent à subvenir à la hausse de la demande. Les stocks constitués avant l'arrêt de la production ont permis de tenir jusqu'à la réouverture des chaînes d'approvisionnement".
Un boom similaire au pic d'activité traditionnel du deuxième trimestre
Principal fabricant de l'Hexagone, la Manufacture française du cycle profite pleinement de cette forte reprise, après quelques mois compliqués. Son site de Machecoul (Loire-Atlantique), qui emploie plus de 300 personnes et assemble deux tiers des vélos français, a cessé toute activité à la mi-mars. Une réouverture très légère s'est enclenchée fin avril, pour un retour à la normale crescendo à partir du 11 mai. "Fin mai, on produisait 1 000 vélos par jour. On est désormais à 2 200, ce qui correspond au pic d'activité de mars, dans une année classique, explique David Jamin, directeur général de la manufacture. On tourne à plein régime."
Une situation qui ne semble pas effrayer le site, bien au contraire. "Lors de la reprise, on avait des stocks suffisamment importants pour subvenir à la demande, ajoute David Jamin. On a eu quelques petits soucis logistiques début juin mais la situation est revenue à la normale. Les clients sont à nouveau livrés entre 24 et 48 heures". Pour soutenir cette importante production, 250 nouveaux intérimaires ont été embauchés, avec des possibilités de CDI à terme. "On est prêt pour répondre à une augmentation de la demande à moyen terme, conclut David Jamin. Même si le boom est conjoncturel, la hausse est structurelle depuis plusieurs années, et devrait se poursuivre, notamment du côté du vélo électrique".
MFC Le vélo électrique se vend de mieux en mieux
Le vélo à assistance électrique, ou VAE, prend une place de plus en plus importante dans le marché du cycle français. Selon les chiffres de l'Union sport & cycle, le volume de ses ventes a augmenté de 12 % en 2019. Trois points de plus que le vélo de route (+ 9 %) et bien au dessus des résultats du vélo de ville (- 1 %), du VTC (- 5 %) et du VTT (- 10 %). "Chaque année, sa part augmente. En 2009, il s'en est vendu 15 000. Dix ans plus tard, ce chiffre a été multiplié par plus de 25", commente Greg Sand, co-fondateur de Moustache Bikes, entreprise vosgienne spécialisée dans les cycles électriques. Précisément, 388 100 unités ont été vendus en France l'an dernier.
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Comme beaucoup de ses confrères, Moustache, qui emploie entre 120 et 130 salariés, ferme les portes de son site en mars, avant de reprendre partiellement à la mi-avril et totalement le 11 mai. "Avant le déconfinement, on avait déjà livré la quasi totalité de nos stocks", raconte Greg Sand. Le 1er janvier 2020, le fabricant lance un plan de recrutement d'une trentaine de personnes et investit pour l'agrandissement de ses locaux et l'ouverture d'une troisième ligne de production. "On a bien fait de tout lancer avant le Covid-19, ajoute son co-fondateur. La nouvelle ligne, dont la mise en place a été accélérée, sera prête prochainement. Elle va nous permettre de passer de 220 vélos produits quotidiennement à 250-270".De quoi soutenir le boom actuel et la hausse structurelle des ventes. "Avec ou sans coronavirus, on est convaincu que le marché continuera d'augmenter et que la place du vélo dans la société deviendra de plus en plus importante", estime-t-il.
Moustache Bikes Un renforcement des réseaux de distribution
En raison de stocks trop faibles pour soutenir la demande, la reprise des distributeurs a pu néanmoins s'avérer compliquée... et condamner les clients à la patience. La situation devrait cependant se stabiliser, selon les différents acteurs. "Le boom devrait se calmer début juillet, même si la croissance du marché restera à deux chiffres, avance Federico Musi, président de Look Cycle, l'équipementier cycliste international basé à Nevers (Nièvre). Cela fait plaisir de constater cet engouement croissant pour le vélo, en partie lié aux mesures européennes d'antidumping en vigueur sur les importations de cycle provenant d'Asie".
Positionnée sur le marché des sportifs et professionnels, l'entreprise, qui emploie 280 salariés et a réalisé 40 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019, est moins affectée par la crise que les fabricants orientés grand public. Elle cesse sa production le 21 mars, reprend de manière dégradée à la mi-avril, et retrouve un rythme quasi normal dès mai, afin d'anticiper la demande de la fin du mois. "On fabrique des pédales pour des gammes 'mass market'. On lance d'ailleurs une nouvelle gamme de pédale plate pour VAE le mois prochain, explique Federico Musi. On a constaté une forte hausse de la demande pour ces produits, mais rien qui ne puisse pas être satisfait pas des embauches supplémentaires d'intérimaires." Le président de Look se montre optimiste pour le futur. "Pour être franc, je pense que la hausse conjoncturelle des ventes, combinée à l'augmentation structurelle, va sauver et renforcer les réseaux de distribution du pays", confie-t-il.



