La filière des énergies renouvelables vent debout contre la loi sur le futur énergétique de la France

Les représentants de la filière des énergies renouvelables appellent les députés à rejeter la proposition de loi Grémillet sur l'avenir énergétique de la France, qui doit faire l'objet d'un vote solennel ce 24 juin à l’Assemblée nationale. En cause : un texte détricoté, sur le nucléaire, introduisant un moratoire sur l’éolien et le solaire, qui menace, selon la filière, des dizaines de milliers d’emplois et compromet la transition énergétique.

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Assemblée nationale
La loi de programmation énergétique doit être votée aujourd'hui à l'Assemblée nationale.

La filière des énergies renouvelables monte au créneau. Alors que l’Assemblée nationale doit voter ce mardi 24 juin dans l'après-midi (après la séance de questions au gouvernement), la proposition de loi de programmation énergétique portée par le sénateur Daniel Gremillet (LR), plusieurs organisations du secteur, dont France Renouvelables, le Syndicat des énergies renouvelables (SER), France Agrivoltaïsme et Enerplan, appellent les députés à rejeter un texte qu’elles jugent «déséquilibré», «incohérent» et dangereux pour l’avenir industriel du pays.

80000 emplois menacés

L’adoption jeudi 19 juin, dans un hémicycle clairsemé, d’un amendement imposant un moratoire immédiat sur toute nouvelle installation éolienne et photovoltaïque, a cristallisé leur colère. Une décision «fondée sur des arguments objectivement faux», fustige Mattias Vanderbulcke, délégué général adjoint en charge de la stratégie chez France Renouvelables, qui dénonce ainsi «le plus grand plan social jamais voté à l’Assemblée nationale». Selon l’association, 80000 emplois seraient menacés dans ces deux filières.

Initialement portée par le sénateur Daniel Gremillet (LR), la proposition de loi visait à définir les grandes orientations de la politique énergétique française à l'horizon 2035. Mais son examen à l’Assemblée a conduit à un texte profondément remanié, centré quasi exclusivement sur le nucléaire et les énergies fossiles, et qui acte une sortie de la France du marché européen de l'énergie. Le moratoire sur le solaire et l'éolien, introduit par un amendement du député Jérôme Nury (LR) avec le soutien de l’extrême droite, en est devenu l’un des symboles. Pour Mattias Vanderbulcke, il en va de la souveraineté énergétique du pays : «organiser la dépendance aux énergies fossiles, c’est un contresens. On ne peut pas se revendiquer patriote [...] et organiser la destruction d’un tissu industriel en France.»

«Un acte d’irresponsabilité énergétique»

Pour le SER, qui représente plus de 500 acteurs de la filière, le texte constitue désormais un «acte d’irresponsabilité énergétique». Son président Jules Nyssen déplore non seulement le moratoire, «la cerise sur le gâteau», mais aussi «l'incohérence générale du projet de loi», qui propose une réouverture de la centrale nucléaire de Fessenheim (à l'arrêt depuis juin 2020), une définition limitative des énergies décarbonées, et un recentrage «dangereux» autour de l’atome. France Renouvelables, de son côté, en appelle à la fin de la «stratégie de la chaise vide» : «notre programmation énergétique est un sujet trop sérieux pour être tranché dans un hémicycle vide», avertit Anne-Catherine de Tourtier, présidente de France Renouvelables.

«Je ne pense pas que la loi sera votée (le 24 juin), mais si elle l’est, nous serons la risée de toute l’Europe», tranche Nyssen. Le Modem et Les Ecologistes ont d'ores et déjà annoncé voter contre. Le gouvernement lui-même a exprimé ses réserves. La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a exhorté les parlementaires à «la responsabilité», alors que Marc Ferracci affirmait le 22 juin son soutien aux énergies renouvelables lors d'un déplacement sur le chantier du parc éolien en mer de Noirmoutier. 

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