Reportage

La fermeture d’Arjowiggins à Bessé-sur-Braye signe la désindustrialisation d’une vallée sarthoise

Aux confins de la Sarthe et de la vallée du Loir, Bessé-sur-Braye (Sarthe) se cherche un avenir industriel après la fermeture de la papeterie Arjowiggins.

 

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550 salariés ont perdu leur emploi après la fermeture de la papeterie, installée dans le village depuis 1824.

Le château Renaissance de Courtanvaux n’est pas le seul à témoigner de la splendeur passée de Bessé-sur-Braye (Sarthe). La petite ville de 2 200 habitants abrite aussi un centre aqua-récréatif, deux gymnases, des terrains de foot et de tennis, une médiathèque… Une richesse née de l’industrie, mais celle-ci déserte la commune.

« Attention sortie d’usine », signale un panneau routier. Mais le site de Colwell, imprimeur de nuanciers de couleurs, est abandonné depuis 2012. Une flèche Plastoloir mène à une pimpante usine d’emballages pour l’agroalimentaire, où ne travaillent que 17 salariés. Au début des années 1990, c’est « la Filature » qui a mis la clé sous la porte.

Un site bicentenaire bradé

Quand tu vois la coucheuse, c’est une cathédrale?! Les machines étaient modernes, on faisait du haut de gamme… Puis les financiers ont pris le pouvoir.

—  Claude Rochereau, ancienne salariée de l'usine Arjowiggins de Bessé-sur-Braye

Le vrai coup de massue date de la liquidation de la papeterie Arjowiggins, en mars 2019. Les murs de l’usine portent encore les slogans de la lutte qui a laissé 550 salariés sur le carreau : « Destruction de familles », « État complice de la casse industrielle ». Dans la modeste maison de son enfance, à quelques pas de la papeterie où elle a travaillé trente-neuf ans, Claude Rochereau feuillette un livre de photos de l’usine au temps de sa gloire. « Quand tu vois la coucheuse, c’est une cathédrale ! Les machines étaient modernes, on faisait du haut de gamme… Puis les financiers ont pris le pouvoir. »

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Un collectif d’habitants porte un projet de production de papier recyclé. D’anciens salariés en défendent un autre, de production de vaisselle jetable sans plastique. Aucun des deux n’intéresse Paper Mill Industries (PMI), filiale du canadien Dottori, qui a repris le site en juin 2020 pour 75 000 euros. Il prévoit de produire du papier sécurisé ou à base de chanvre, de ­stocker des panneaux de bois pour la construction, d’ouvrir une pépinière d’entreprises…

Habitants et anciens salariés se méfient et ne croient pas aux 240 créations de postes promises d’ici à 2025. Le maire, aux prises avec l’érosion de ses rentrées fiscales, préfère voir qu’« il y a toujours de la lumière, le site est entretenu ». Jacques Lacoche (UDI) met ses espoirs dans le tourisme. Mais un château, une voie cyclable et un camping ne procureront pas autant d’emplois qu’une papeterie.

La moitié des anciens salariés travaillent ou approchent de la retraite. Les autres cherchent un emploi ou tournent en intérim. Le chômage s’arrête bientôt. Un Territoire d’industrie a été créé dans la vallée de la Braye pour lui chercher un avenir industriel. Depuis le confinement, les Parisiens achètent les maisons abandonnées des villages alentour.

Photos : Pascal Guittet

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