La goutte de trop. Filiale d’Agromousquestaires, en charge d’approvisionner les poissonneries des Intermarché, Capitaine Houat va faire l’objet d’une restructuration. La nouvelle a été annoncée aux syndicats mi-avril. Deux des quatre bases logistiques de la filiale, qui compte par ailleurs deux usines, vont être fermées. «Les bases concernées s’en doutaient un peu», confie Christelle Bellego, déléguée syndicale CFDT.
Deux bases logistiques cédées ?
«La base de Frontignan (Hérault) va fermer en octobre, celle de Bègles (Gironde) devrait fermer au premier trimestre 2025, détaille l’élue. Bègles sera peut-être repris par un prestataire. En revanche, Frontignan se dirige vers une fermeture définitive. 70 personnes pourraient être licenciées : nous espérons pouvoir négocier leur reclassement dans le cadre du PSE, négocié avec le groupement Agromousquetaires jusqu’au 15 juillet.» Il ne restera alors que deux bases logistiques à la main du groupement, celles de Lorient (Morbihan) et Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Les deux usines du groupe, respectivement à Lanester (Morbihan) et Lorient sont épargnées par le projet.
Contactée, la direction annonce de son côté «qu'une soixantaine d’emplois» sont concernés par le plan. Différentes hypothèses ont été présentées le 15 avril dernier aux instances représentatives du personnel. Dans un premier temps, il a été révélé le transfert du parc des points de vente et de l'activité de télévente de Frontignan sur le périmètre géré par Lanester. Les mêmes activités seraient aussi basculées de Bègles sur le périmètre de Boulogne. Pour l'aspect logistique, il est envisagé d’externaliser les bases de Frontignan et de Bègles pour confier leurs missions à des prestataires logisticiens spécialisés. «Le choix de ces derniers est en cours», a indiqué la direction par écrit.
Un possible déficit structurel
Cette dernière argue d’un contexte inflationniste défavorable, qui a pesé sur les ventes de poissons et le coût du carburant pour les navires. Le problème semble toutefois plus structurel. «Cette filiale enregistrait structurellement des lourdes pertes : 11 millions d’euros en 2017, 13 en 2018 ou encore 14 en 2019, détaille en off un ancien cadre du groupe. Ce déficit chronique est aussi lié au fait qu’Agromousquetaire est propriétaire de ses bateaux ou détient une participation dans ces derniers. Or, seuls les gros navires exploités par une société qui s’appelle Comata sont rentables.»
Si l’entreprise aurait redressé la barre et ses comptes pendant le Covid, c’est pour mieux replonger depuis. L’inflation rimant avec détournement des consommateurs des produits frais comme le poisson. «Ils ont perdu 21 millions d’euros en 2023, détaille Christelle Bellego. C’est lié à deux choses. Contrairement aux autres pôles d’Agromousquetaires, comme la viande, Capitaine Houat assure lui-même la partie logistique et l’acheminement jusqu’aux magasins. Il faut savoir que les deux bases logistiques qui font l’objet de la restructuration étaient louées. L’autre point, c’est que nous ne décidons pas nous-mêmes du prix des poissons : ce sont les adhérents, à savoir les magasins Intermarché, qui fixent le tarif.» Une allégation qui soulève une question sur la porosité entre le pôle agroalimentaire et le pôle distribution du groupement Les Mousquetaires.



