Liquidation en cours chez Caddie... et dans les rayons ! Les prix alimentaires marquent un léger recul sur un mois en juin 2023 (-0,2%) d’après les dernières données de l’Insee, parues le 12 juillet. S'ils progressent encore légèrement sur un an (+0,8%), le frisson de la déflation fait son retour sur les étals des grandes surfaces.
Un retrait et des disparités
«Nous pouvons parler de déflation, constate Emily Mayer, directrice de l’analyse commerciale chez Circana, panéliste qui traque les évolution sur les étals. C’est d’autant plus remarquable que nous sortons d'une année où les prix ont progressé de 13%. Cette petite déflation cache des disparités, il y a encore une progression des prix sur les conserves par exemple.»
Les négociations commerciales, menées avec l'objectif de baisses de prix, semblent avoir porté leurs fruits. Emily Mayer indique que certaines catégories subissent encore des hausses importantes, comme les huiles ou les jus de fruit, une poignée d’autres voient aussi un mouvement baissier conséquent (jambons, fromages au rayon coupe) à plus de 5%. Mais pour le reste des rayons, c’est un retour en eaux calmes.
Circana note une tendance différente entre les prix pratiqués par les grands groupes, en léger retrait, et ceux des plus petites structures, encore en légère progression. «Nous l’analysons comme une conséquence des négociations commerciales : les grandes marques sont présentes dans tous les magasins, l’image prix des enseignes se construit sur ces références», estime Emily Mayer.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Marges de l'agro en recul
Et si le retour de la déflation devra être surveillé dans les prochains mois pour mesurer l’ampleur de la tendance, les marges des industriels accusent déjà le coup. L’EBE (excédent brut d’exploitation) des industries agroalimentaires françaises a marqué un recul au premier trimestre 2024 pour la première fois depuis le premier trimestre 2022. A 4,6 milliards d'euros, l’EBE demeure toutefois quasi deux fois plus élevé que ce qu’il était alors. Ce recul interroge toutefois au regard des besoins d’investissements pour la compétitivité et la transition de l’industrie.
D'autant que l'entrée en vigueur, début juillet, de l’obligation de l’affichage aux consommateurs des produits ayant subi de la «shrinkflation» ou, en VF, de la «réduflation», soit une réduction de la quantité d’un produit à prix constant, va limiter l’aptitude des industriels à préserver leurs marges. Il faut dire que ces derniers semblent avoir largement abusé de la pratique, notamment lorsqu'il a fallu affronter la déflation des dernières années.
Plus difficile de pratiquer la réduflation
Le professeur d’économie Quentin Demé s'est évertué à quantifier l'ampleur de ce phénomène dans les colonnes du Figaro. Il prend notamment appui sur une étude canadienne qui conclut à une baisse moyenne de 14,3% des volumes des produits à partir d’une étude de 300 références : «Un caddie qui vous coûtait 100 euros en 2004 vous coûte désormais près de 143 euros en juin 2024. (…) Néanmoins, cette somme reste biaisée puisqu'elle n'intègre pas la pratique de la réduflation ("shrinkflation" en VO). Vous avez certes le même nombre de produits mais plus la même contenance. Ainsi, en intégrant cette pratique pour obtenir le même caddie qu'en 2004 (en supposant que tous les produits aient subi une perte de 14,3%), vous devriez non pas dépenser 143 euros mais près de 167 euros !», pointe le spécialiste.
Baisse confirmée du revenu agricole
Au bout de la chaine, les agriculteurs devront aussi se serrer la ceinture. «Après deux années consécutives de hausse, le résultat de la branche agricole est en net recul en 2023», constatent les Chambres d'agricultures début juillet, soulignant une baisse de -10,5% du résultat de la branche. «On ne peut appeler les agriculteurs à relever les défis et s’adapter au changement climatique sans un résultat économique en phase avec la charge financière que représente l’investissement productif», peste alors Sébastien Winsdor, président des Chambres d’agriculture.



