La crise énergétique met les opérateurs de datacenters sous pression

Les datacenters voient leur rentabilité écornée par l’envolée des coûts d’énergie. La pérennité des petits opérateurs de centres de données est en jeu. La profession appelle le gouvernement à l’aide.

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Serveur
Un datacenter est considéré comme un site énergo-intensif.

Les opérateurs de datacenters sont plus que jamais sous pression. En cause: l’envolée des coûts d’énergie. «Au début de 2021, nous étions à 50 euros le mégawattheure, rappelle à L’Usine Nouvelle Olivier Micheli, PDG de Data4, plus gros opérateur français de datacenters, et président France Datacenters, l’association des acteurs de l’écosystème de centres de données en France. Nous sommes passés à 200 euros le mégawattheure au début de 2022 et nous acheminons vers 500 euros le mégawattheure en 2023. En un an et demi, le prix de l’électricité aura été multiplié par dix!»

Les datacenters constituent les usines du numérique. Ils produisent l’énergie numérique indispensable au fonctionnement de services comme les télécoms, le cloud, internet, les réseaux sociaux et les applis mobiles. Or, ces sites sont énergo-intensifs. Ils se caractérisent par une forte consommation d’électricité, complétée marginalement par du fioul pour les groupes électrogènes de secours. «La consommation d’électricité représente aujourd’hui 30% de nos coûts d’exploitation. Avec l’explosion des prix de l’énergie, cette part devrait monter à 50% en 2023, prévoit Olivier Micheli. C’est colossal. Peu d’industries peuvent supporter un tel choc.»

Vers une hausse des tarifs des datacenters de 100%?

Les serveurs, qui font tourner les services numériques, constituent l’écrasante majorité de la consommation d’énergie du datacenter. L’augmentation des coûts sur ce poste est répercutée aux clients (opérateurs télécoms, fournisseurs cloud...), qui vont la répercuter à leur tour sur le prix de leurs services. Le reste de la consommation d’électricité concerne les équipements techniques comme l’éclairage, la climatisation ou la bureautique. L’inflation des coûts sur ce poste est supportée par l’opérateur de datacenter aux dépens de sa rentabilité. «La profession a déjà augmenté ses prix de 30% et pourrait les gonfler encore de 100% en 2023, avertit Olivier Micheli. Tout le monde n’est pas en capacité de faire. C’est le cas des petits opérateurs de datacenters. Leur pérennité pourrait être menacée.»

Pour amortir le choc, la profession bénéficie du dispositif Arenh (Accès réglementé à l'électricité nucléaire historique). Il offre un volume d’électricité de 100 térawattheures au prix avantageux de 42 euros le mégawattheure. Data4, qui dispose de 17 datacenters en France avec une puissance électrique installée de plus de 200 MW, subvient à 70% de ses besoins d’électricité par ce dispositif et achète le reste sur le marché libre à des prix plus élevés. Le gouvernement prévoit de maintenir en 2023 le volume de 100 térawattheures, mais d’augmenter le prix à 49 euros le mégawattheure. «C’est insensé, se révolte Olivier Micheli. Il faudrait augmenter le volume disponible au moins à 150 térawattheures. En 2022, la demande de cette électricité à prix réglementé est de 160 térawattheures pour un volume disponible de 100 térawattheures. Sans l’amplification du dispositif Arenh, nous risquons des fermetures en cascade de datacenters et d'usines.»

Améliorer l'efficacité énergétique

En prévision du manque d’électricité l’hiver prochain, les opérateurs de datacenters se creusent la tête pour s’inscrire dans le plan de sobriété énergétique du gouvernement. Data4 envisage d’augmenter la température des salles de serveurs de deux à trois degrés entre octobre et avril, de façon à réduire l'utilisation de la climatisation. Il attend de cette mesure une économie d’énergie de 7%. Sur le long terme, le travail vise à améliorer l’efficacité énergétique des datacenters, en mettant en œuvre le confinement des points chauds, le refroidissement à l’air extérieur et l’intelligence artificielle pour l’optimisation de la consommation d’énergie équipement par équipement. La dernière génération de datacenters de Data4 affiche un PUE de 1,25. Cela signifie qu’elle consomme 25% en plus de l’énergie nécessaire aux serveurs. L’objectif est de descendre entre 1,2 et 1,1 dans quelques années.

Selon Statista, la France comptait 264 datacenters en exploitation en janvier 2022. Le chiffre ne comprend pas les salles informatiques internes des entreprises et administrations.

Possibilité d'effacement

La profession des datacenters ne craint pas des coupures de courant l’hiver prochain mais se prépare à contribuer à l’effort collectif pour éviter que le réseau électrique tombe. " Le réseau électrique va connaitre de fortes tensions notamment lors des pics de consommation de la journée, entrevoit Olivier Micheli. Cela dépendra de beaucoup de paramètres, dont la météo. RTE devrait nous avertir deux à quatre jours à l’avance d'un délestage. Nous sommes prêts à participe à l’effort de guerre. Mais les datacenters sont des infrastructures critiques. Il faut leur donner la priorité d’accès à l’énergie." Data 4  travaille sur des possibilités d’effacement avec le passage aux groupes d’électrogènes. L’autonomie de ces systèmes de secours est déjà passée de 48 heures à 72 heures, et il est prévu de l’augmenter à une semaine en octobre prochain.

Sur le long terme, Olivier Micheli se montre serein. " La situation que nous vivons est exceptionnelle, estime-t-il. Elle nous oblige à être plus efficaces. Mais le coût d’énergie ne restera pas à ce niveau stratosphérique. La crise finira par retomber et les prix par revenir à leur niveau normal. La France dispose de plein de leviers à actionner. D’ailleurs, chez Data 4, nous n’avons pas suspendus nos projets d’investissement. »

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