À chiffres chocs, formule choc. «Cette année, nous allons assister à des plans sociaux dans nos entreprises après la fin de leurs contrats d'intérim en 2024», a lancé, jeudi 30 janvier, Jacques Manzoni, le président de la commission économique de l’Association des industries de produits de construction (AIMCC). «Certains plans sociaux sont à l'étude aussi bien dans les secteurs industriels liés au gros œuvre que dans le second œuvre», a renchéri Philippe Gruat, le président de l’AIMCC, qui précisait qu’il s’agissait d’une tendance générale, sans régions plus touchées que d’autres.
D’après la structure, qui porte la voix de 7000 entreprises de plus de 20 salariés et de 430000 emplois, 79% des industriels prévoient une baisse d’activité en 2025, que ce soit dans le gros œuvre, le second œuvre ou les équipements. Près de la moitié estiment que leurs effectifs vont diminuer en 2025, et autant qu'ils vont stagner. Les derniers chiffres du secteur illustrent l’ampleur de la crise. D’après les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition énergétique, le nombre de logements autorisés a plongé de 43,7% entre janvier 2022 et novembre 2024, et celui de logements commencés de 46,8%. Une tendance que confirme la Fédération française du bâtiment (FFB) pour qui l’activité du secteur a reculé de 6,6% en 2024 et pourrait continuer de baisser de 5,6% en 2025.
Moins de nacelles, de grues, de pelleteuses…
Du côté des industriels, la demande s’en ressent. Selon Evolis, la fédération des fabricants de machines et de biens d’équipement, les ventes de matériels de BTP ont fléchi de 21% en 2024 et ceux de terrassement de 25% en 2024. «2025 devait marquer une inflexion de la tendance [...]. Les investissements resteront contraints. La commande privée, comme la commande publique, restera bridée par le niveau d’activité et les besoins courts termes en matériels», explique l’association professionnelle.
Et du côté des distributeurs d’équipements électriques et de génie climatique ? Ce n’est guère mieux. «L’échec des différents moteurs destinés à accélérer la rénovation énergétique, notamment en raison des difficultés rencontrées dans le cadre de MaPrimeRénov’, a lourdement pesé», observe Coedis, la fédération du secteur (400 entreprises, 44000 salariés). Chez les distributeurs, les ventes de matériels et équipements électriques ont perdu 6,5%, et celles de génie climatique, sanitaire et plomberie 8%. Les chiffres plongent à 10% sur le seul segment du génie climatique (chauffage, ventilation, climatisation), voire de 30% sur la pompe à chaleur (PAC).
«Il y a un risque de catastrophe économique en France»
Chez Intuis, un fabricant français de PAC, les intérimaires n’ont pas été renouvelés depuis la fin de l’été 2024. En interne, plusieurs collaborateurs sont passés de la PAC résidentielle aux chauffe-eau thermodynamiques et aux PAC pour les bâtiments collectifs. «Ce qui serait bien, c’est que la construction reparte, que ce soit en neuf ou en rénovation. Il y a un risque de catastrophe économique en France. On réduit la voilure dans les usines, on ne reprend pas d’intérimaires», témoigne Jean-Michel Guihaumé, le président de l’Association française de l’isolation en polystyrène expansé dans le bâtiment. Dans le secteur des équipements électriques, fin novembre 2024, Legrand a indiqué vouloir répartir les volumes de deux usines vers d’autres sites en France et à l’étranger. L'industriel va aussi fermer deux sites, sans suppressions de postes pour autant.
Quant à l’espoir de certains fabricants de bénéficier de l’effet de la réglementation environnementale sur le bâtiment neuf (RE2020), qui induit de nombreuses nouveautés en matière de conception des matériaux et de performance énergétique, il s’avère douché. «Nous sommes plus influencés par la crise de la maison individuelle que par la RE2020», résume Gildas Léauté, le directeur général délégué de Cheminées Poujoulat.



