La biotech parisienne EG427, spécialiste de thérapie génique en neuro-urologie, lève 27 millions d’euros

Implanté à Paris, EG427 annone le 19 février une levée de 27 millions d’euros dans le cadre d’un tour de financement de série B, avec le soutien de Bpifrance et du fonds Andera Partners. Spécialiste de médecine génomique pour les maladies chroniques en neurologie, l’entreprise biotech va pouvoir lancer son premier essai clinique, une thérapie génique pour traiter les dysfonctions de la vessie.

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La société francilienne de biotechnologies EG427 vient de lever 27 millions d'euros, une manne qui lui permettra de financer un premier essai clinique dans le traitement par thérapie géniques d'une maladie en neuro-urologie.

EG427 se dote des moyens financiers pour lancer son premier essai clinique. Fondée en 2019 à partir de travaux de l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) et de l’université Paris-Versailles, hébergée à la pépinière Paris Santé Cochin, cette biotech d’une vingtaine de salariés vient de lever 27 millions d’euros dans le cadre d’un deuxième tour de financement. De nouveaux grands actionnaires prennent position au capital, comme le fonds Andera Partners ainsi que le fonds InnoBio de Bpifrance. De quoi permettre à EG427 d’assurer son financement jusqu'à 2026, faire avancer son pipeline et entamer ses développements cliniques.

L’entreprise francilienne est une spécialiste de médecine génomique, ciblant des maladies chroniques à haute prévalence en neurologie. Ses premiers développements cibleront en priorité des pathologies en neuro-urologie. Le premier essai clinique, de phase 1b/2a, se concentrera sur le traitement de la vessie neurogène chez des blessés médullaires. Philippe Chambon, PDG d’EG427 explique qu'il s'agit «de paraplégiques ou tétraplégiques qui ont des lésions au niveau de la colonne vertébrale, et qui ont du coup perdu le contrôle d’une partie de leur système nerveux et en l’occurrence pour le contrôle de leur vessie. Cette pathologie n’est pas nécessairement traumatique, car les maladies neuro-dégénératives peuvent aussi conduire à cette perte de contrôle, comme avec la sclérose en plaques ou la maladie de Parkinson».

EG427 utilise une thérapie génique particulière ciblant des pathologies plus répandues que les maladies rares

Ces patients souffrent d’une vessie qui «devient autonome et se contracte de manière anormale», reprend le dirigeant. «Ce sont des vessies qui se vident mal, qui s’infectent parfois et qui peuvent abimer les reins. La société européenne d’urologie a publié une étude en 2024, estimant le coût global de l’incontinence à 69 milliards d’euros en Europe en 2022, c’est la troisième source de coût pour les systèmes de santé après l’oncologie et le diabète. Notre programme ne s’attaque au début qu’à une fraction de ce marché et après sûrement aux vessies hyperactives, mais la part des patients atteints d’incontinence que nous visons représente potentiellement plus de 4 millions de malades au niveau mondial».

Positionné dans le très innovant secteur des thérapies géniques, EG427 dispose toutefois de quelques particularités. Les thérapies géniques utilisent très majoritairement un vecteur de type AAV pour apporter le médicament par injection là où le corps nécessite une correction génétique pour traiter une pathologie. L’un des désavantages c’est qu’il s’agit d’un vecteur viral qui ne peut pas être réinjecté car le corps développe des anticorps après une première injection. EG427 a opté pour un vecteur herpétique, capable d’embarquer plus de matériel génétique et ré-injectable, pour améliorer les dosages et assurer un suivi de traitement si nécessaire.

Philippe Chambon souligne également que cette plateforme utilisant des vecteurs herpétiques permet de «produire ces thérapies géniques à des coûts de production compatibles avec les prix de médicaments pour des maladies chroniques à haute prévalence, soutenables par les systèmes de santé traditionnels». Car, et c’est une autre spécificité, au lieu de cibler des maladies rares comme la plupart de la thérapie génique, EG427 s’intéresse à des pathologies bien plus répandues. Par ailleurs, dans le secteur des vecteurs herpétiques en thérapie génique, les concurrents sont moins nombreux. «Nous sommes la deuxième entreprise au monde dans ce secteur des vecteurs herpétiques en thérapie génique, la deuxième à placer un produit en étude clinique, et la première à le développer en neuro-urologie», ajoute encore Philippe Chambon.

Le premier essai clinique aux Etats-Unis avant de possibles développements en Europe

Le premier essai clinique, qui inclura 16 patients pour une durée d'un an chacun et testera trois dosages distincts, sera mené aux Etats-Unis. Ce choix est lié d’une part à la présence de l’autorité américaine des produits de santé, la FDA, que Philippe Chambon décrit comme «peut-être l’autorité régulatrice qui a le plus de connaissance au monde en thérapie génique et est très ouverte aux collaborations avec les petites entreprises». D’autre part, la directrice médicale en chef d’EG427 est «basée aux Etats-Unis et est une spécialiste de neuro-urologie», avec «un formidable réseau sur place», poursuit le PDG. Précisant toutefois que «pour nos essais futurs, nous inclurons l’Europe».

En parallèle, de ce premier développement clinique, dont toute autorisation de mise sur le marché n’est pas envisagée avant 2030, la biotech francilienne va pouvoir faire progresser l’ensemble de son portefeuille de médicaments en recherche pré-clinique. Si la neuro-urologie inaugure l’aventure, la société vise aussi des déploiements dans d’autres maladies neurologiques chroniques qui affectent le système nerveux périphérique et central.

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