L'acier est en pleine surchauffe… Et ça ne pourrait être que le début. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) alerte, dans un rapport publié ce mardi 27 mai, sur l’aggravation des surcapacités mondiales de production d’acier. La capacité mondiale de production a sensiblement augmenté ces cinq dernières années pour s’établir à 2,5 milliards de tonnes métriques en 2024... Pour une demande d’acier en légère baisse sur la période, atterrissant à 1,87 milliard de tonnes. «Cette tendance ne va faire que s'accélérer dans les années à venir, sauf en présence d'actions correctives», avertit Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE, lors d'une conférence de presse.
La capacité de production doit encore grimper de 6,7% dans le monde d’ici à 2027, contre à peine plus de 1% pour la demande sur la période, selon les estimations de l’organisation intergouvernementale. Plus de la moitié de la croissance des capacités de production doit être portée par l’Asie, la Chine et l’Inde en tête. «Les prix de l'acier ont chuté depuis le pic de 2021 pour atteindre des creux historiques», observe Jerry Sheehan, directeur de la direction de la science, de la technologie et de l’innovation de l’OCDE.
Pertes d’emplois et éloignement de l’acier vert
Première incidence : la rentabilité des métallurgistes s'effrite. Les pertes d'emplois et les fermetures d'usines se multiplient en Chine, premier producteur mondial, mais aussi en France. Parmi les derniers exemples en date, ArcelorMittal, deuxième sidérurgiste mondial, a annoncé fin avril la suppression de près de 640 postes dans sept de ses sites français, principalement à Dunkerque (Nord) et Florange (Moselle).
Cette réduction de la rentabilité pèse également sur les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’acier – qui représente 8% des émissions mondiales en équivalent CO2. «Les investissements peuvent atteindre 400 millions d’euros pour la création d'une nouvelle usine dédiée à de l’acier vert. Le virage vers un acier plus écologique dans les conditions actuelles du marché n'est tout simplement pas rentable», déplore Jerry Sheehan. Au total, 40% de la nouvelle capacité sidérurgique installée entre 2025 et 2027 doit se baser sur la production de hauts fourneaux, une technologie fortement émettrice de gaz à effet de serre.

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Le grand écart entre offre et demande plonge également les flux commerciaux dans le chaos. Les exportations d’acier de la Chine ont plus que doublé depuis 2020, atteignant un niveau record de 118 millions de tonnes en 2024, tandis que les importations d’acier du pays, en période économique morose, ont chuté de près de 80%. «Certains [des marchés cibles de la Chine] étant également aux prises avec des excédents de capacité en augmentation - notamment l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est -, ils accroissent à leur tour leurs exportations, en particulier vers les pays de l’OCDE», est-il souligné dans le rapport.
Subventions massives sur l’acier
Sur le banc des accusés de cette bulle de l'acier figure le soutien financier des Etats. «Selon nos perspectives, l’acier est l'un des produits industriels les plus subventionnés au monde, devant le secteur des télécommunications ou de l'aérospatial», note Mathias Cormann. En Chine, l’Etat frappe particulièrement fort : les subventions représentent 2,5% des revenus des entreprises chinoises de l’acier (dont financements inférieurs au marché et allègements fiscaux), soit dix fois plus que la moyenne des pays membres de l’OCDE.
Pour traiter le problème, l’OCDE appelle à une «coopération internationale pour des règles du jeu équitables sur le marché mondial de l'acier». D’ici là, les recours en justice vont bon train : 81 enquêtes anti-dumping concernant des produits sidérurgiques ont été ouvertes par 19 Etats dans le monde en 2024, contre 16 procédures engagées un an plus tôt. En ligne de mire, les producteurs asiatiques essuient 80% des procédures, la Chine en tête avec à elle seule pour plus du tiers du total.



