Pourquoi publier cette compilation de recherches interdisciplinaires ?
On parle de plus en plus d’interdisciplinarité, ou de pluri- et transdisciplinarité. Au CNRS, nous travaillons depuis longtemps sur ces questions, avec des projets très concrets. Nous avons voulu montrer ce que peut apporter le travail entre disciplines. Le CNRS couvre de multiples domaines. Nous sommes émerveillés de voir tout ce qui émerge quand nous croisons les disciplines, par exemple quand nous mêlons les sciences dites « dures » et les sciences humaines et sociales.
Pouvez-vous citer quelques-uns de ces projets ?
Un exemple très parlant : l’utilisation de robots humanoïdes avec des enfants atteints d’autisme. Il peut être plus facile pour ces enfants d’interagir avec des robots qui peuvent leur permettre d’améliorer leurs compétences sociales et d’avoir finalement des interactions plus riches avec les humains de leur entourage. Les recherches menées ont une dimension hautement interdisciplinaire puisqu’elles nécessitent la collaboration de roboticiens, d’informaticiens, de psychologues, de spécialistes de l’éducation ainsi que de thérapeutes. La modélisation de l’arrivée de l’homme moderne en Europe est un autre exemple, qui a réuni des savoirs de l’anthropobiologie, de la paléoanthropologie et des mathématiques.
Peut-on résumer ce qu’apporte l’interdisciplinarité ?
En combinant les sciences dures et les sciences de l’univers, on obtient un regard multi-échelle qui permet d’apporter des solutions originales.
Les gens parlent plutôt d’interdisciplinarités au pluriel, tant les formes d’interaction entre disciplines peuvent être différentes, mais de manière générale, cela permet de traiter des questions complexes qui ne se résument pas à une seule approche. Chaque discipline possède son propre regard, son propre langage. Ainsi, les sciences « dures » se concentrent souvent sur les mécanismes microscopiques sous-jacents, tandis que les sciences de l’univers étudient plutôt des macrosystèmes. En les combinant, on obtient un regard multi-échelle qui permet d’apporter des solutions originales.
Travailler entre disciplines présente-t-il des difficultés particulières ?
L’interdisciplinarité prend du temps. Il faut apprendre à se connaître, à dialoguer et, parfois, à se remettre en question en déconstruisant sa propre approche. Il en résulte une façon de travailler et une sémantique propres à chaque interface entre disciplines, ainsi qu’un grand nombre de questions souvent originales qui donnent des résultats très intéressants. Ce que j’observe, c’est qu’une fois le consortium bien en place, c’est un boulevard qui s’ouvre pour ses chercheurs et chercheuses, qui sont alors très productifs.
Qu’est-ce qui amène les chercheurs à l’interdisciplinarité ?
La curiosité envers une question scientifique ! Les chercheurs se rendent compte que leur objet d’étude nécessite d’autres regards pour être bien compris. Il y a aussi l’envie de plus en plus forte des chercheurs en sciences dures de s’engager dans des thématiques à répercussion sociétale, qui appellent forcément des approches interdisciplinaires. C’est notamment le cas des questions environnementales, complexes, auxquelles l’interdisciplinarité permet d’apporter des réponses, elles aussi complexes, avec un panel de solutions.
Propos recueillis par Manuel Moragues
À lire : L’Interdisciplinarité. Voyages au-delà des disciplines, sous la direction de Stéphane Blanc, Mokrane Bouzeghoub et Martina Knoop, CNRS Éditions, 2023.
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