Coup dur pour Iter. La production du premier plasma du réacteur expérimental de fusion nucléaire a été reportée à 2033 au mieux, soit un retard d’au moins huit ans, selon la nouvelle feuille de route adoptée début juillet. Et encore, il ne s’agit que de tests avec du deutérium, et non avec le combustible visé, un mélange au tritium, pour lequel le premier plasma attendra au moins dix ans de plus.
Des délais qui contrastent avec les espoirs affichés par la vague de start-up lancées dans l’aventure ces dernières années. Sur les 45 entreprises recensées par la Fusion Industry Association dans son rapport annuel paru mi-juillet, 89% anticipent l’alimentation du réseau électrique par la fusion d’ici à 2040, et 70% situent même ce jalon d’ici à 2035. Pourtant, même en opposant l’agilité légendaire des start-up à la lourdeur du projet international qu’est Iter, les défis scientifiques, techniques et financiers sont tels qu’il paraît bien hasardeux de partager ces attentes. Le rêve vieux de soixante-quinze ans de la maîtrise de cette énergie censée être inépuisable devrait attendre encore plusieurs décennies avant, éventuellement, de se concrétiser.
« Au minimum quarante ans », selon Steven Chu, prix Nobel de physique 1997, interrogé par le «Financial Times». Cet ancien ministre de l’Énergie de Barack Obama douche aussi les espoirs placés dans les petits réacteurs modulaires pour lutter contre le réchauffement climatique. Même s’ils parviennent à prouver leur compétitivité économique, « ils ne seront pas déployés largement avant au moins vingt-cinq ans. Cela ne fera pas bouger les curseurs d’ici à 2050, alors oubliez-les! », lance le physicien, pourtant défenseur du nucléaire. Au temps pour le joker nucléaire, donc.
Quant au joker hydrogène, la Cour des comptes européenne a dressé cet été un bilan très critique de la stratégie de l’Europe, l’appelant à «se confronter à la réalité ». Elle juge notamment irréaliste l’objectif pour 2030 d’une production intérieure de 10 mégatonnes (Mt) par an d’hydrogène vert, estimant qu’au mieux 2,7 Mt seraient en place. Plus inquiétant encore, une publication de recherche parue dans «Nature Energy» au début de l’été relativise les gains en CO2 de l’hydrogène produit par électrolyse par rapport à ceux de l’hydrogène gris obtenu à partir d’hydrocarbures fossiles. Rejetant les conventions habituelles consistant à considérer l’électricité renouvelable comme zéro carbone, les auteurs ont mené une analyse de cycle de vie sur environ 1000 projets de production d’hydrogène: ceux qui utiliseraient de l’électricité solaire ou éolienne terrestre complétée par des apports du réseau émettraient autant, voire plus de CO2 que l’hydrogène gris et ses 11,5 kg.eqCO2/kgH2 !
Seule la meilleure configuration, en ne recourant qu’à de l’électricité verte locale avec la possibilité d’en exporter les surplus dans le réseau, permet de rester, pour 55% des projets (totalisant 85% de la production), sous les 3,3 kg.eqCO2/kgH2 préconisés par l’Europe. Et encore, c’est sans compter les émissions liées au transport, estimées entre 1,5 et 1,8 kg.eqCO2/kgH2 pour 1000 km. L’hydrogène, même vert, émet des quantités importantes de CO2 et les pouvoirs publics ne doivent pas l’oublier, concluent les auteurs.



