Sens précieux du timing. Alors que la ressource eau se fait l’objet de toutes les attentions, la solution mise au point par deux ingénieurs français arrive à point nommé. L'innovation de leur société, Coldep, consiste à faire passer l’eau traitée dans une colonne verticale de plusieurs mètres, où vont être injectées des micro bulles d’air comprimé (processus dit d’ «airlift»). Ces fines bulles permettent d’entraîner le flux vers le haut et de drainer les gaz, microparticules ou autres liquides venus saturer l’eau lors du processus industriel. Tous ces indésirables remontent à la surface et forment une écume qui peut être récupérée, pendant que l’eau traitée suit le chemin inverse. L’ensemble du processus est réalisé sous vide, pour améliorer son efficacité.
Performances au rendez-vous
L’idée derrière ce projet est aussi de changer l’approche du traitement d’eau en misant sur de petites unités attenantes aux sites consommateurs, plutôt que sur de grosses stations d’épuration en aval. Sur sa plaquette, Coldep se targue de résultats exceptionnels : une consommation énergétique largement inférieure aux solutions concurrentes (< à 0,03kWh / m3 d'eau traitée), une perte d’eau inférieure à 1% à l’issue de l’opération, une absence de produits chimiques… pour des performances «cinq fois supérieures aux systèmes actuels», dixit l’entreprise.
«La société a été fondée en 2010 à l’issue de nos travaux de recherche [réalisés à l'INSA Lyon et à l'IFREMER] qui ont mené au dépôt de deux brevets, rembobine Bertrand Barrut, l’un des deux chercheurs à l’origine du projet. Nous avons alors commencé à commercialiser la solution tout en fiabilisant le système. Ce processus d’industrialisation a duré jusqu’à 2016. Nous sommes les seuls à avoir développé ce procédé, nous avons déjà effectué 120 installations. Nous souhaitons maintenant accélérer le développement pour être dans cinq ans un acteur majeur sur le traitement des eaux de mer et d’effluents industriels en France.» L'entreprise mise sur une levée de fonds pour remplir ces objectifs.
Premiers clients dans l'agro
A date, les installations ont principalement été faites chez des acteurs de l’aquaculture, soucieux de traiter les eaux intégrées à leurs bassins. Guy Sanchez a sauté le pas pour le stockage de ses huitres. «Avant nous avions un système classique avec filtre à sable et traitement UV des eaux, détaille-t-il. En 2019, j’ai souhaité augmenter la capacité de cette installation pour traiter jusqu’à 500 m3 par heure. Les solutions traditionnelles nécessitaient une surface importante et une consommation électrique de 80kWh. La solution Coldep consomme dix fois moins pour un investissement similaire.»

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Elle délivre aussi la qualité d’eau souhaitée. «Il a fallu faire valider l’installation par les services vétérinaires, poursuit Guy Sanchez. Pour cela, nous avons contaminé des produits à l’E.coli, avec des taux dix fois supérieurs aux normes en vigueur. Au bout de 12 heures de purification, tout était éliminé. La solution est désormais utilisée depuis trois ans et change tout à la qualité de l’eau et à la conservation des coquillages.»
Des premiers industriels de l’agro sautent le pas. Philippe Chevanne, directeur industriel chez Gozoki, spécialiste des plats préparés «premium», fait installer la solution sur deux sites dont il a la responsabilité. «Sur l'un d'entre eux, nous avions besoin de traiter les eaux usées rejetées par l’usine. Nous avions un système de traitement chimique simple, mais nous étions souvent en porte-à-faux avec la convention de rejet, relate-t-il. Nous avons servi de pilote pour Coldep côté industriel : nous respectons désormais la convention mais nous pouvons aussi récupérer nos boues saponifiées [le résidu du processus d'épuration, ndlr] pour faire de la méthanisation.» Des premiers retours d’expériences qui aideront la jeune société à monter en puissance.



