Face à la sécheresse précoce qui frappe la France, le président de la République Emmanuel Macron va présenter un plan d’économies d’eau sur le territoire le 30 mars. Les effets du dérèglement climatique imposent de repenser au long cours les usages de la ressource. La chaine alimentaire, grande buveuse, est en première ligne. Ne pas s’adapter revient à précipiter les conflits d’usages à venir, à l’image des crispations autour des projets de bassines, notamment dans les Deux-Sèvres. Des champs aux usines, des entreprises proposent dès à présent des solutions pour économiser l’eau – et pas seulement.
Osiris, pour une irrigation de précision
Ils sont trois jeunes diplômés, trois fils d’agriculteurs, et ont mis sur roues un tracteur autonome dédié à l’irrigation via leur entreprise, Osiris. Partant du constat que les infrastructures destinées à l’irrigation sont souvent sous-investies et vieillissantes sur les exploitations, ils ont assemblé une machine, trois tonnes à vide, capable d’embarquer un tuyau de 600 mètres, qu’elle déroule progressivement le temps de parcourir la parcelle. En une journée, elle peut abreuver jusqu’à 20 hectares en toute autonomie, via un système de buses. Ces dernières sont couplées à des caméras qui profitent de l’opération pour étudier la parcelle et détecter par exemple les mauvaises herbes.
A date, Osiris a permis aux agriculteurs de gagner «10% de rendement sur des parcelles de pommes de terre à quantité d’eau constante», explique Léon Guyard, l’un des fondateurs. La solution a été primée au concours des start-up dans la catégorie «innovation» par la Maison des chambres d’Agriculture. Prochaine étape, démontrer une économie de 20% d’eau sur la facture. Et ce grâce à l'«utilisation de la modulation intra parcellaire (soit la compilation de données agronomiques au sein des parcelles, divisées en sous-ensembles, NDLR), des caméras qui permettent de détecter le stade de croissance de la plante, mais aussi de capteurs pour mesurer l’humidité du sol. Tout cela permet de trouver la dose d’eau idoine», détaille Léon Guyard.
Le prix n'est pour l'instant pas communiqué, la machine étant pour le moment disponible en prestation de service, histoire de convaincre les agriculteurs de son utilité. L'entreprise en est encore à ses débuts : elle espère avoir assemblée cinq robots tracteurs l’an prochain, dans son atelier du nord de la France. La rentabilité, notamment pour les agriculteurs, viendra de l'ampleur des économies réalisées.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Lyras, du lait et des UV
La pasteurisation à base d’UV a déjà fait son entrée dans les usines il y a quelques années, portée par des entreprises comme le français Biosafelight. Plus besoin de chauffer, la lumière se charge de tuer les bactéries présentes dans le liquide. Lyras, une jeune pousse danoise, promet une solution à l'efficacité redoutable, notamment pour le lait. De quoi éliminer de 60 à 80% de l’eau nécessaire au processus, en raison de l’écrasement des temps de nettoyage qui en résulte – mais aussi réaliser des économies d’énergie du même ordre.
«La plupart des entreprises qui proposent des solutions à base d’UV se limitent le plus souvent au traitement des liquides à travers lesquels la lumière peut passer, souligne Ruben Andreas, le responsable marketing et cofondateur de l’entreprise. Nous avons déployé une technique qui permet de pasteuriser le lait en étant sûrs que le produit ne soit pas surexposé ou sous-exposé aux UV.»
Primée au Danemark, la machine a paradé au mois de mars au CFIA à Rennes (Ille-et-Vilaine), le salon des fournisseurs de l'agroalimentaire, pour trouver des acheteurs sur le marché français. Elle est construite selon les spécifications du client, ce qui suppose un temps de livraison d’environ un an. Une trentaine sont déjà en service d’après Lyras, qui espère maintenant «accélérer» son déploiement. La société a déjà grimpé de 7 à 70 collaborateurs depuis trois ans.
Thrasos, roi du nettoyage
Basée en Bretagne, la start-up Thrasos promet d’optimiser les processus de nettoyage industriels. Halte au «surnettoyage» : après avoir réalisé un audit de l’entreprise et identifié les circuits et infrastructures, un logiciel vient optimiser le système NEP (nettoyage en place, soit le nettoyage intégré aux installations). Le nettoyage est alors adapté à chaque équipement - et aux spécificités de la production.
Labélisée «greentech» par les pouvoirs publics, la jeune pousse débute la commercialisation de sa solution cette année, via un abonnement. «Nous arrivons à atteindre les 40 % d’économie d’eau et nous dépassons même les 50 % sur le volet énergétique. Nous voyons, avec la flambée des prix de l’énergie et des matières premières, un intérêt de plus en plus important des industriels», indique le fondateur Mahieddine Chergui à l’Usine Digitale, en promettant un retour sur investissement dès la première année.



