[L'instant tech] Cette PME de l'aéro mise sur un procédé d'impression 3D méconnu

La PME aéronautique JPB Système fait le pari de l’impression 3D par projection de liant métallique, une alternative prometteuse au procédé de fusion laser sur lit de poudre. Une manière pour le sous-traitant, qui mise sur une production de série dès 2026, de réduire sa dépendance aux acteurs de la forge.

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JPB Système Addimetal
JPB Système s'est lié avec une start-up: Addimetal. Les deux acolytes lorgnent l'impression 3D par jet de liant métallique.

Alors que l’impression 3D commence à infuser dans l’aéronautique, un nouveau procédé pourrait contribuer à son essor. Son nom ? MBJ, pour «metal binder jetting» : des gouttelettes de liant sont déposées sur un lit de poudre, agglomérant les particules couche après couche. Une fois dépoussiérée, la pièce ainsi créée passe dans un four de frittage pour assurer sa solidification. «L’opération d’impression s’effectue à température ambiante et l’on peut, avec une seule machine, fabriquer 200 à 300 pièces en même temps», s’enthousiasme Damien Marc, le dirigeant de JPB Système. Objectif pour cette entreprise de 120 salariés : proposer ses premières pièces de série obtenues par MBJ dès 2026. Une approche radicalement différente de l’usinage et de la fonderie.

Une fois encore, JPB Système surgit où on ne l’attend pas. Ce sous-traitant de l’aéronautique, créé en 1995 et installé à Montereau-sur-le-Jard (Seine-et-Marne), est l’un des spécialistes des systèmes autofreinants pour les moteurs d’avions. Il compte parmi ses principaux clients Pratt & Whitney, GE, Rolls-Royce et bien sûr Safran, dont le site de Villaroche se situe à quelques encablures. L’actuel dirigeant a repris les rênes de l’entreprise en 2009 et s’ingénie à la propulser à la pointe de la technologie. Membre entre autres de la French Fab et de la French Tech, JPB Système est à l’origine du lancement de Keyprod, une solution numérique de suivi de production plug and play. Adepte de la production 4.0 et soucieux de s’entourer de start-up, Damien Marc tente une nouvelle échappée.

Une technologie souveraine

«Tout a commencé par le coup de fil d’un jeune ingénieur, Benjamin Sangouard, qui cherchait à faire une thèse dans le monde industriel», se rappelle le chef d'entreprise. Le dirigeant tente le coup. Après quelques mois émerge l’idée de se pencher sur l’utilisation de l’impression 3D adaptée à l'activité de l’entreprise, qui fabrique de petites pièces en très grande série. L’Ecole des Mines de Paris accepte d’encadrer la thèse, qui court de 2018 à 2022. Très vite, le procédé MBJ s’impose, mais souffre d’un faible niveau de maturité technologique. En quelques années, la PME fait faire des bonds de géants à cette voie, qui séduit l’automobile et des acteurs de la recherche liée à l’industrie comme le Centre technique des industries mécaniques (Cetim), mais reste ignorée par le secteur aéronautique.

Alors que le déploiement en cours de l’impression 3D dans l’aéronautique s’effectue avant tout via la fusion laser sur lit de poudre, JPB Système défriche donc une nouvelle voie prometteuse. «Cette technologie apporte davantage de productivité, elle ne nécessite pas de reprise des pièces ni de support et demande bien moins d’énergie», énumère Damien Marc, précisant que JPB Système a déjà produit des bouchons endoscopes via ce procédé. Il pourrait permettre une réduction des délais d’exécution de 80% et un allègement de 30%, selon certains essais. Le dirigeant, qui ne tient pas à dévoiler la recette du liant utilisé, y voit aussi un levier pour gagner en souveraineté : la PME compte réinternaliser la fabrication de certaines pièces, jusqu’à présent déléguée à des fondeurs aux délais imposants, pour lesquelles il sera en outre possible de proposer davantage de sur-mesure.

Une stratégie qui a poussé JPB Système à cesser la collaboration avec un premier partenaire spécialiste du procédé MBJ, tombé entre-temps sous pavillon américain. La PME a annoncé fin juin s’être tournée vers une start-up tricolore via une prise de participation : Addimetal, créée en 2021 et basée à Toulouse (Haute-Garonne). Une association gagnant-gagnant. D’un côté, l’industriel veut avoir accès à des machines répondant à ses besoins en vue de certifier des pièces avionnables ; de l’autre, la start-up cherche à prendre du poids. Dans la foulée, JPB Système a obtenu un financement - dont il ne communique pas le montant - dans le cadre du plan d’investissement France 2030. Un coup de pouce qui va lui permettre de poursuivre le développement de sa ligne de fabrication pilote dédiée au procédé MBJ. Le nouveau pari technologique de JPB Système semble bien engagé.

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