Entretien

"Il va falloir serrer les dents pendant deux ans", prévoit Damien Marc, PDG de la PME aéronautique JPB Système

Le PDG du sous-traitant aéronautique JPB Système, Damien Marc, s’attend à un trou d’air d’activité de - 60% pendant deux à trois mois. Le patron de cette PME emblématique de la chaîne de fournisseurs, basée à Montereau-sur-le-Jard (Seine-et-Marne), n’a pas perdu l’optimisme dont il avait témoigné à L’Usine Nouvelle à la mi-mars et s’attache à garder tous ses salariés malgré la crise qui s’amorce.

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Damien Marc
Contre vents et marées, Damien Marc, le patron du sous-traitant aéronautique JPB Système, maintient le cap: nombre de commandes tombent à l'eau mais il garde tous ses salariés à bord.

L’Usine Nouvelle. – Comment faites-vous face à la crise provoquée par l’épidémie de Covid-19 ?

Damien Marc. - Nous n’avons pas arrêté de produire depuis le début de l’épidémie. Nous avons eu des cas supposés de Covid-19 qui sont restés chez eux. En revanche, nous avons assuré toute cette période sans masque au sein de l’usine. Ils ne commencent qu’à arriver depuis lundi 11 mai alors que nous les avions commandés il y a maintenant deux mois.

Quel est l’impact financier des mesures sanitaires ?

Les surcoûts liés aux achats sanitaires se chiffrent en plusieurs dizaines de milliers d’euros pour nous. Ce n’est pas neutre. La faible densité de personnes au mètre carré a facilité le réaménagement des postes. Depuis le début de l’épidémie, nous avons systématisé le marquage au sol et la répartition de l’activité en deux équipes, le matin et l’après-midi. Au final, ce sont surtout dans nos bureaux qu’il a fallu condamner des places.

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Ces nouvelles mesures sont-elles bien appliquées ?

La désinfection des postes et les gestes barrières sont devenus naturels. Mais il faut reconnaître qu’il n’est pas simple de respecter les mesures sanitaires, notamment le port du masque. Il est très inconfortable de la garder des heures durant et il ne facilite pas les échanges oraux dans un milieu déjà bruyant.

Constatez-vous une forte baisse de votre productivité ?

Grâce à la forte automatisation de notre production, il n’y a pas vraiment de baisse de productivité aujourd’hui. Si l’activité baisse pour plusieurs mois, je vais devoir mettre un homme derrière chaque machine, alors qu’avant une personne pouvait gérer un ensemble de machines. Cette baisse de productivité passagère sera mise à profit pour affiner nos réglages et gagner en productivité et robustesse de nos process. Et j’ai maintenu mes investissements en R&D. Quant à la nouvelle usine que nous allons ouvrir près de celle que nous avons actuellement, il y aura peut-être un décalage de quelques mois, mais je prévois toujours le début de la construction pour fin 2020 et une mise en service fin 2021.

Quelles seront les conséquences sociales dans votre entreprise ?

Il n’y a pas d’impact social chez JPB Système, mais les salariés savent qu’ils vont avoir une baisse de leur pouvoir d’achat. Ils vont en effet perdre la part variable de leurs rémunérations liée aux résultats de l’entreprise. Ils l’acceptent sans difficulté, car ils savent qu’ils ne vont en revanche pas perdre leur job. Je n’avais jusqu’à présent pas activé de mesures de chômage partiel, grâce notamment aux prêts garantis par l’Etat. Mais j’ai été contraint de le mettre en place depuis lundi 11 mai.

Comment envisagez-vous la charge de travail alors que les grands donneurs d’ordre ralentissent le rythme ?

Nous savons dorénavant que nous sommes face à un trou d’air d’activité, d’environ - 60% en termes de livraisons, pour une durée comprise de deux à trois mois. Cela correspond à la fois à la baisse de la demande et au déstockage de pièces. Après cette période, je m’attends à une baisse durable de notre activité comprise entre - 30 et - 40% en grande partie en raison de la baisse des cadences impulsée par Airbus et Boeing. Il va falloir serrer les dents pendant deux ans. Nous étions en très forte croissance, il faut relativiser en réalisant que nous revenons simplement à notre niveau d’activité de 2018 pour les deux ans à venir ! Je suis convaincu que les gens voudront alors revoyager comme avant.

Peut-on tirer du positif dans un tel contexte ?

La situation est très difficile, mais on doit pouvoir aussi en tirer des opportunités. Je viens par exemple de recruter notre directeur de l’innovation, issu d’une autre entreprise. Cette période doit également pousser à se diversifier, à trouver d’autres clients, à définir de nouveaux services.

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