Attention, filière stratégique en danger ! Alors que le secteur aéronautique subit de plein fouet la crise provoquée par l’épidémie de coronavirus, l’État français compte voler à son secours pour éviter une multiplication des défaillances d’entreprises. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a évoqué un possible fonds de soutien pour cette filière.
Mais de quel montant ? "L’unité de mesure est celle du milliard d’euros, pour Éric Trappier, le président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), également PDG de Dassault Aviation. Mais il pourrait s’élever à 2 milliards, voire 3 milliards d’euros. Nous en sommes encore à évaluer précisément les besoins." Plusieurs dizaines d’entreprises seraient selon lui en très grande difficulté, prises dans un effet ciseau : après avoir massivement investi pour tenir les hausses de cadences de production impulsées par les grands donneurs d’ordres, elles affrontent désormais une baisse de charge qui promet de durer.
D’après nos informations, ce fonds pourrait être géré par ACE Management, une société spécialiste de l’aéronautique et de la défense détenue par Tikehau Capital. Mais les besoins sont plus importants que par le passé, le secteur ayant pris du poids. "En 2001, le chiffre d’affaires des sous-traitants était de 20 millions d’euros en moyenne. Aujourd’hui on est plutôt à 150 millions", estime Marwan Lahoud, le président du directoire d’ACE Management et ex-directeur de la stratégie d’Airbus. Malgré la mise en œuvre de ce fonds, la filière, qui emploie 195 000 personnes, s’attend à d’importantes répercussions sociales de la crise du Covid-19 dans les prochains mois. "On ne voit pas comment les effectifs pourraient ne pas baisser, a admis Éric Trappier. Il y aura certainement des plans de sauvegarde de l’emploi dans beaucoup d’entreprises durant les prochains mois. Mais nous essaierons de limiter la casse." Et le dirigeant d’appeler à accélérer les opérations de consolidation pour améliorer la compétitivité des acteurs français. Tout en veillant à ce que la crise ne permette pas à des entreprises étrangères de mettre la main sur des pépites françaises.



