Entretien

Ce témoignage percutant (et réconfortant) d'une PME de l'aéro face au coronavirus

Comme tous les autres dirigeants, Damien Marc pilote à vue son entreprise, JPB Système, un sous-traitant du secteur aéronautique qui fabrique des pièces pour les moteurs. Il a mis en place un plan de continuité au sein de sa PME, basée à Montereau-sur-le-Jard (Seine-et-Marne) et qui emploie une centaine de personnes. Malgré les circonstances, son témoignage, rassurant, est plein d’espoir.

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Damien Marc
Damien Marc, pilote de la PME JPB Système.

L’Usine Nouvelle. - Dans quelle situation se trouve aujourd’hui votre entreprise ?

Damien Marc. - Au début, comme beaucoup, nous n’avions pas pris la pleine mesure de la menace du coronavirus, puis tout s’est accéléré. J’ai mis en place un plan de continuité industrielle. Aujourd’hui, mercredi 18 mars, nos deux usines en France et en Pologne tournent et nous continuons à livrer à nos clients, principalement les motoristes aéronautiques et leurs partenaires partout dans le monde.

Comment vous êtes-vous organisé ?

Tous les collaborateurs qui peuvent télétravailler, ont été appelés à travailler de chez eux depuis lundi. Nous avons isolé les personnes asthmatiques en leur imposant un arrêt maladie pour les préserver soit, chez nous, deux personnes. Cependant, nous n’avons pas de gel hydroalcoolique et nous réservons les quelques masques disponibles aux plus fragiles.

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Et concernant les postes opérationnels ?

Pour l’usine c’est plus compliqué, j’ai mis en place deux équipes pour réduire les interactions. La première travaille de 6h à 13h et la deuxième de 13h à 21h. Tous les services fonctionnent en permanence mais cela évite que les salariés travaillent en même temps côte à côte. J’ai fait signer un avenant aux contrats de travail de tous les salariés pour mettre en place ces horaires. Nous avons posé du scotch au sol pour délimiter les zones à ne pas franchir entre salariés pour respecter la distance recommandée, mis à disposition des gants, des lingettes désinfectantes à chaque poste, imposé des lavages de mains fréquents.

Les mesures prises par le président de la République sont-elles efficaces ?

Le gouvernement a pris des mesures très fortes et, via Bpifrance, a ouvert les vannes pour ne pas laisser d’entreprise sur le carreau. L’entreprise s’est vu décaler ses échéances de prêts automatiquement, à six mois. Nous mettons en place une mobilisation de l’ensemble des factures clients pour financer le court terme. Des garanties portées de 70% à 90% sont offertes par Bpifance pour des prêts de 3 à 7 ans qui seraient accordés par les banques. Toutes nos banques sont extrêmement mobilisées et ont répondu présent dès lundi matin. La promesse est qu’entre la demande que nous avons effectuée et le cash que nous devons recevoir il se passera environ 10 jours. Comme l'a annoncé dès Samedi Nicolas Dufourcq, Bpifrance assure un véritable pont aérien de cash.

Comment voyez-vous les prochains jours ?

Nous savons que la situation est fragile et que d’un moment à l’autre tout peut basculer si un fournisseur ferme, si un client n’est plus en mesure de recevoir nos pièces, si certains salariés clés ne peuvent pas se rendre au travail pour des raisons de santé ou des problèmes de garde d’enfants.

Et par rapport à vos clients ?

Nous n’avons pas encore reçu d’information à ce stade sur d’éventuelles réductions de cadence ou des arrêts de production de la part de nos clients, mais des bruits sérieux commencent à circuler. La plupart des avions sont au sol suite aux restrictions de vols. Nous nous préparons donc au retour de flamme. Lorsque ça arrivera, je mettrai tout ou partie de mes salariés au chômage partiel, et l’Etat devrait alors compenser leurs salaires. Je n’ai donc pas d’inquiétude, mais j’effectue un serrage dans les coûts et nous modifions les priorités au quotidien. Nous tenons une cellule de crise tous les matins et nous informons en temps réel de tous faits nouveaux. Même si nos clients français risquent de progressivement fermer leurs sites, nos clients américains, allemands, italiens, mexicains et anglais restent opérationnels à ce jour et nous disent au quotidien qu’ils comptent sur nous. Nos produits étant uniques au monde, nous ferons tout pour maintenir notre ligne de production en fonctionnement, mais jamais au détriment de la santé de nos collaborateurs qui restera ma priorité numéro 1.

Comment ne pas se sentir seul aux manettes de votre entreprise ?

Nous partageons activement sur WhatsApp avec tous les ambassadeurs de la FrenchFab nos états d’âmes, nos informations, nos craintes. Il y a une belle énergie et une superbe entraide entre nous…ça remonte le moral, on se sent moins seul dans la tempête !

La digitalisation très avancée de votre usine constitue-t-elle un atout dans cette crise ?

La digitalisation que nous avons menée au niveau de l’usine permet d’avoir moins de difficultés à gérer le confinement. L’usine ne peut pas tourner toute seule mais elle peut fonctionner à plein régime avec beaucoup moins de salariés grâce à notre niveau d’automatisation et de robotisation. Cela nous permet de pouvoir gérer assez efficacement les mesures barrières. Notre stratégie, depuis dix ans d’avoir internalisé chaque phase de nos productions porte ses fruits, cela nous garantit une grande autonomie.

Comment entrevoyez-vous la sortie de crise ?

La France a décidé rapidement de mettre en place ce confinement associé à de nombreuses actions pour préserver l’emploi et les entreprises. Si à un moment nous ne pouvons plus tourner, nous mettrons tout en pause, avec pour but d’être en mesure de repartir le plus vite possible avec l’ensemble de nos forces vives quand l’activité reprendra. Ce sera, selon moi, un atout fort pour la France. Il faut garder le moral, positiver et regarder devant, s’entraider, prendre soin les uns des autres… Cette crise que nous vivons tous de plein fouet est un formidable catalyseur d’énergies et nous prouve qu’il peut être possible de travailler différemment, prenons ce temps pour innover dans nos idées, dans nos interactions, repensons nos business models et notre organisation industrielle et nous en sortirons grandis et plus unis !

Propos recueillis par Olivier James

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