[L’instant tech] Après Volkswagen et BMW, Hyundai se met à l’informatique quantique

Le constructeur sud-coréen Hyundai a annoncé le 20 janvier s’être associé à la start-up américaine du quantique IonQ. L’objectif : utiliser son calculateur pour concevoir des batteries plus efficaces et moins coûteuses. Avant lui, Volkswagen et BMW ont déjà franchi le pas.

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Salle blanche de R&D chez IonQ à College Park dans le Maryland
Dans une salle blanche de IonQ, à College Park dans le Maryland (Etats-Unis).

Après Volkswagen et BMW, c’est au tour de Hyundai de s’intéresser à l’informatique quantique. Dans un communiqué émis le 20 janvier, le constructeur sud-coréen a annoncé avoir tissé un partenariat avec la start-up américaine fabricant des processeurs quantiques IonQ. L’objectif : développer des algorithmes permettant d’étudier les réactions chimiques du lithium impliquées dans le fonctionnement des batteries.

Ces algorithmes quantiques devraient permettre, selon les partenaires, « de créer des batteries de meilleure qualité en simulant plus précisément et en maîtrisant leurs réactions chimiques ». Ce cas d’usage – proche de celui de Total, qui cherche à concevoir des matériaux adaptés à la capture et au stockage de CO2 – confirme le potentiel de l’informatique quantique pour l’industrie automobile.

Simuler l'interaction des particules

Avec IonQ, Hyundai entend se focaliser sur la simulation quantique, un cas d’usage prometteur des ordinateurs quantiques imparfaits actuels. Le principe : utiliser les atomes du processeur quantique – ses qubits – pour reproduire à la plus petite échelle la structure d’un matériau… et ainsi mieux comprendre le comportement et les interactions des particules qui régissent son fonctionnement.

Impossibles à réaliser avec un supercalculateur conventionnel, ces simulations devraient permettre de développer de nouveaux matériaux plus économes, rapides à produire et efficaces pour les batteries, «une avancée critique, les batteries étant le composant le plus coûteux d’un véhicule électrique», estime la marque. Hyundai décrit son partenariat avec IonQ – dans lequel un autre sud-coréen, Samsung, a investi en 2019 –  comme «un élément critique» qui lui permettra d’atteindre ses objectifs stratégiques pour 2025, notamment celui de vendre plus de 560 000 véhicules électriques par an.

De la peinture aux capteurs 

La vague quantique n'a pas encore déferlé sur toute l'industrie automobile. Seuls trois constructeurs automobiles, en comptant Hyundai, ont annoncé mener des projets liés au quantique. Les deux autres, BMW et Volkswagen, viennent d’Allemagne – un pays d'Europe où les industriels ont montré un intérêt précoce pour les technologies quantiques.

Volkswagen était ainsi parmi les premiers industriels à se lancer sur la question, dès 2017, en s’associant à la start-up canadienne D-Wave. La technologie développée par l’entreprise – le recuit quantique – étant particulièrement adaptée à des problèmes d’optimisation, c’est principalement sur ces questions que s’est penché le constructeur.

Des travaux menés à Barcelone (Espagne) se sont par exemple intéressés à l’optimisation du trafic routier. Plus surprenant, le constructeur a aussi expérimenté le calcul quantique pour maximiser… le planning des ateliers de peintures, dans ses usines. A terme, comme l’évoquait un représentant de la marque lors d’une conférence couverte par L’Usine Nouvelle en mars 2021, Volkswagen envisage aussi lui aussi de concevoir des batteries plus performantes grâce au calcul quantique.

Améliorer le contrôle qualité

Côté BMW, la stratégie est davantage collaborative. Accompagné d’AWS, dont le service cloud dédié permet d’accéder à différents ordinateurs quantique et qui planche sur son propre processeur, le groupe allemand a organisé un défi d’informatique quantique à l’été 2021. 70 équipes issues d’entreprises avaient proposé leurs solutions à quatre cas d’usages potentiels de la technologie dans les métiers du constructeur.

Les quatre vainqueurs sélectionnés ont engagé des projets de plus ou moins long terme avec BMW : Accenture sur l'optimisation du positionnement de capteurs dans des voitures autonomes ; Qu&Co – absorbé par Pasqal en janvier 2022 – sur l'amélioration de la simulation de déformation de matériaux ; la canadienne 1Qubit concernant l'optimisation de la configuration d’équipement des véhicules ; et l'américaine QC-Ware dont les algorithmes quantiques d’apprentissage machine doivent améliorer le contrôle qualité par analyse d’image.

Optimiser l'approvisionnement

Cette initiative de BMW faisait suite à une réflexion lancée dès 2018, lors de laquelle il avait identifié la simulation de batteries et l'optimisation aérodynamique de ses véhicules comme de potentiels cas d'usages de l'informatique quantique. En janvier 2021 déjà, BMW annonçait un partenariat avec Honeywell et le spécialiste des algorithmes quantiques basé à Singapour Entropica Labs. Le but : optimiser la chaîne d'approvisionnement en définissant le meilleur moment et le meilleur fournisseur pour acheter ses équipements au meilleur coût, sans provoquer de rupture d'approvisionnement.

Reste à savoir si ces expérimentations porteront leurs fruits. L’informatique quantique étant toujours à ses débuts, difficile de dire si elle apportera aux trois constructeurs un réel avantage concurrentiel. Mais les gains potentiels de ce pari laissent penser que d’autres acteurs du secteur pourraient eux aussi tenter leur chance.

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