Derrière l’engouement qu’elles suscitent, les technologies quantiques restent jeunes. Et principalement confinées au stade de la R&D. Mais quelques entreprises sont déjà sur le coup, explorant le potentiel du calcul quantique pour leur activité. EDF, Volkswagen et Airbus, invitées au Quantum Business Europe – un événement en ligne qui rassemblait des professionnels du secteur, les 16 et 17 mars – en font partie. Et leur retour d'expérience est précieux.
"Le calcul quantique peut avoir de nombreuses applications, avance Marc Hilbert, responsable de l’équipe d’apprentissage machine chez Volkswagen. Mais il faut faire attention à identifier les bons cas d’usage pour ne pas créer d’attentes irréalistes mais créer de la valeur." En clair, trouver derrière la "hype" d’une technologie prometteuse des applications concrètes. Et rentables.
Des résultats très encourageants
Toujours au stade de la preuve de concept, rares sont les projets ayant démontré un réel avantage quantique. "Nous n’y sommes pas encore, assume Loïc Henriet, responsable du logiciel et des applications de la pépite francilienne Pasqal, qui envisage de commercialiser un calculateur de 1 000 qubits d’ici 2023. Mais avec quelques centaines de qubits, il est déjà possible de faire des choses qu’un ordinateur conventionnel ne peut pas. Ce n’est pas la peine d’attendre un ordinateur quantique parfait."
Partenaire de la start-up, EDF avance. Ses travaux menés avec Pasqal pour optimiser les plannings de recharge de flottes de véhicules électriques présentent "des résultats très encourageants, qui peuvent être comparés à ceux des meilleurs calculateurs classiques du moment", affirme Marc Porcheron, ingénieur de recherche chez EDF.
Une approche partenariale – et des résultats prometteurs – que partage le géant de l’auto Volkswagen. Associé à la pépite canadienne D-Wave, le groupe a mené à Barcelone, en Espagne, des travaux sur l’optimisation du trafic routier. Il a aussi démontré un avantage dans l’organisation de sa production industrielle, en optimisant le planning de peinture de ses véhicules. Au-delà, l’Allemand voit déjà le calcul quantique ouvrir la voie à des batteries plus performantes, via la simulation de nouveaux matériaux.
"La question est : quand allons-nous passer à l’échelle, estime Marc Hilbert. Nous avons identifié certains sujets pour les années à venir." C’est le prochain objectif de ces entreprises qui ont mis le doigt sur les technologies quantiques : "Nous devons démontrer un avantage quantique pour des problèmes concrets importants, abonde Marc Porcheron. J’espère que nous y parviendrons à court terme."
En parallèle de leurs partenariats avec des start-up, les deux industriels ont créé des équipes internes vouées à détecter ces cas d’usages majeurs. Leur rôle : prêcher la bonne parole auprès des différents départements. "Il faut qu’ils comprennent ce que peut apporter le calcul quantique, mais aussi les efforts qu’il reste à faire, observe le responsable de Volkswagen. Quelles sont les étapes pour avoir une bonne solution, quels problèmes peut-il résoudre et est-ce que ça vaut le coup ?" Telles sont les questions à se poser avant d’envisager mettre un zeste de quantique dans son activité.
"Il faut adopter une approche de codesign"
Airbus a fait le choix d’une approche différente pour aborder le sujet. "Nous ne cherchons pas forcément à créer une large équipe interne, explique Thierry Botter, responsable adjoint du pôle recherche technologie du groupe. Nous visons à nous connecter durablement avec l’écosystème quantique." Pour se faire, le géant européen a lancé un concours d’innovation en janvier 2019, après avoir identifié cinq applications concrètes du calcul quantique, de l’optimisation du décollage des avions à celle de chargement de la soute.
Après avoir reçu 36 propositions de projets, Airbus en a sélectionné cinq, portés par des acteurs comme l'ingénieriste Capgemini, la start-up italienne Machine Learning Reply ou l’université de Montevideo (Uruguay). Une manière selon le responsable de "démontrer l’intérêt général de la communauté pour passer de la recherche au business". Et de rappeler que l’adoption de la technologie par les industriels ne se fera pas sans les start-up, ni les universités dont elles sont issues.
"Nous devons militer pour une réelle collaboration entre les fournisseurs de solutions quantiques et les utilisateurs finaux, argue Loïc Henriet, de Pasqal. Il faut adopter une approche de codesign pour trouver les meilleures solutions possibles pour résoudre des problèmes industriels." Seule cette connexion entre les travaux de recherche et les usages concrets pourra garantir aux technologies quantiques un avenir – et un financement – pérennes.



