Depuis le début de l'année, les cours des matières premières de l'agroalimentaire s'envolent, à l'image de celui du blé, qui a gagné 150 dollars la tonne depuis janvier, pour dépasser les 420 dollars à la mi-mai. Si la guerre en Ukraine explique en grande partie cette hausse, le conflit n'est pas le seul responsable. Pour preuve : les prix des produits agricoles à la production affichaient déjà une très forte augmentation en 2021. Selon l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, qui a dévoilé son rapport jeudi 29 juin, les prix des moyens de production de l'agriculture ont augmenté de 9% sur les douze mois de 2021 et les prix des produits agricoles à la production, de 9,2%. « L'année 2021 était déjà marquée par de très fortes tensions sur les marchés agricoles», note Philippe Chalmin, président de l'observatoire.
La Chine, premier importateur mondial de céréales
En cause : les aléas climatiques ponctuels, comme la sécheresse au Canada, ont fortement touché la production de colza ou de blé dur. Sur la période observée, cette dernière céréale a atteint son plus haut niveau historique, à 460 dollars la tonne. « Ce chiffre reste toutefois à relativiser, puisqu'aujourd'hui, le cours du blé dur dépasse les 575 dollars la tonne », nuance Philippe Chalmin. Au-delà des phénomènes climatiques, l'année 2021 a surtout été marquée par l'irruption de la Chine comme premier importateur mondial de céréales. Alors qu'en 2017, le pays a importé 17 millions de tonnes de céréales, ce chiffre a bondi à 62 millions de tonnes. « La Chine est l'origine de la flambée des prix », commente le responsable du rapport CyclOpe.
L'effet de la demande chinoise se retrouve sur toutes les céréales, même celles historiquement délaissées par le pays, à l'image du blé. Les importations chinoises de ce dernier ont triplé en deux ans, à 9 millions de tonnes. Il en va de même pour les importations de produits issus de la filière laitière. « Les tensions observées sur le beurre ou la poudre de lait sont fortement liées à la situation chinoise », observe Philippe Chalmin.
Stabilité des prix à la consommation malgré le contexte
Malgré cette situation, les prix à la consommation ont résisté. Selon l'Observatoire, ils n'ont augmenté que de 0,6% sur l'année 2021. « Cela signifie que la chaîne agroalimentaire a digéré les hausses de matières premières agricoles », note Philippe Chalmin. Cela s'est notamment traduit par une baisse de la marge brute de la plupart des acteurs du secteur.
La décomposition du prix du panier de viande bovine, menée par l'Observatoire, montre que face à l'augmentation de plus de 8% du prix des carcasses à l'entrée des abattoirs, la marge de ces derniers est passée de 1,43 euro par kilo de viande à 1,30 euro, tandis que celle des transformateurs est restée stable à 0,99 euro. Les distributeurs ont vu de leur côté leur marge fondre de 3,47 euros, à 3,33 euros. « Au global, il est important de noter la grande stabilité des prix pour les consommateurs malgré un contexte très instable », ajoute Philippe Chalmin. Une situation qui pourrait ne pas se reproduire en 2022 compte tenu de l'explosion des autres coûts de production.



