Jamais STMicroelectronics n’a été en aussi bonne forme. Sous la direction de Jean-Marc Chéry, le fabricant franco-italien de puces a doublé son chiffre d’affaires en 2021, à 12,8 milliards de dollars, et ambitionne de dépasser 20 milliards de dollars aux alentours de 2026. La profitabilité affiche une amélioration tout aussi impressionnante.
Ce beau résultat, le président du directoire et directeur général le doit en grande partie au travail d’assainissement de son prédécesseur, Carlo Bozotti. Malgré les difficultés causées par l’effondrement du client Nokia dans les mobiles, ce dernier a eu la clairvoyance de ne pas couper dans les dépenses de R & D et de conserver les compétences dans les capteurs d’images et les circuits numériques avancés. Par chance, Apple a peu à peu remplacé Nokia jusqu’à devenir le plus gros client de STMicroelectronics avec 20 % du chiffre d’affaires en 2021.
Jean-Marc Chéry a conforté le repositionnement de l’entreprise sur l’automobile et l’industrie, des marchés jugés plus stables et plus porteurs que ceux des téléphones mobiles, des PC et des accessoires. Pressentant l’accélération de l’électrification des véhicules, il a choisi de faire des composants électroniques de puissance en carbure de silicium un axe stratégique de développement.
Pari réussi puisque son groupe s’impose comme le leader du domaine, avec un chiffre d’affaires de plus de 1 milliard de dollars attendu en 2023 et un client de marque, Tesla. Il peut également s’enorgueillir d’en avoir fait le numéro un mondial dans les capteurs de lumière, les processeurs d’assistance à la conduite automobile, les modules eSIM et les microcontrôleurs à usage général. ST figure parmi les trois champions européens des puces électroniques aux côtés de l’allemand Infineon et du néerlandais NXP.
L'usine de puces la plus avancée de France
La présence à hauteur de 27,5 % dans son capital des États français et italien en fait un acteur à part, vu par Paris et Rome comme stratégique pour leurs industries de la défense, de l’aérospatial, du médical, du ferroviaire et de l’automobile. Ce statut lui assure de confortables subsides publics en soutien à la R & D dans le cadre des plans Nano. En contrepartie, le groupe fait de la France et l’Italie la base de son infrastructure de R & D et de production.
Encouragé par une envolée de la demande de puces sur fond de pénurie, il a intensifié ses investissements, les portant au record de 3,5 milliards de dollars en 2022. L’effort se traduit notamment par l’ouverture de deux extensions de l’usine de 300 mm à Crolles (Isère), par la mise en place d’une ligne de composants électroniques de puissance en nitrure de gallium à Tours (Indre-et-Loire) et par la construction d’une usine de 300 mm à Agrate, en Italie, et d’une autre de substrats de carbure de silicium à Catane, en Sicile.
Signe de sa confiance dans l’avenir, STMicroelectronics a choisi d’offrir un cadeau inespéré à la France : une mégafab de 5,7 milliards d’euros, la plus grande et la plus avancée usine de puces du pays. Elle sera construite à Crolles en partenariat avec le fondeur américain GlobalFoundries. « En quatre ans, nous ferons ce que nous avons mis vingt ans à obtenir, à savoir une capacité de production de plus de 10 000 plaquettes de 300 mm par semaine », affirme Frédérique Le Grevès, la PDG de STMicroelectronics France. De quoi conforter la Silicon Valley française autour de Grenoble. Les enjeux sont si importants que l’État français serait prêt à subventionner le projet à hauteur de 40 %.
STMicroelectronics en cinq dates
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1987
Création de SGS Thomson Microelectronics par fusion de l’italien SGS Microelettronica et du français Thomson Semiconducteurs. -
1992
Ouverture du site de Crolles, en Isère, qui deviendra l’usine intégrée de R & D et de production la plus avancée du groupe. -
1998
La société se rebaptise STMicroelectronics, que les connaisseurs abrègent souvent en ST. -
2018
Jean-Marc Chéry succède à Carlo Bozotti au poste de président du directoire et directeur général. Il est le premier Français à la tête du groupe. -
2022
Annonce du projet de mégafab à Crolles, en partenariat avec l’américain GlobalFoundries, pour un investissement de 5,7 milliards d’euros.



