Analyse

L'hydrogène, le trou dans la raquette de Patrick Pouyanné pour la nouvelle stratégie multi-énergies de Total

Total n’a pas anticipé le virage vers l’hydrogène vert de l’Europe et de la Chine. L'analyse d'Aurélie Barbaux, grand reporter à L'Usine Nouvelle.

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Patrick Pouyanné, le PDG de Total, a annoncé la nouvelle stratégie multi-énergies du groupe le 30 septembre 2020.

La nouvelle stratégie à dix ans de Total est simple. La major française va produire plus d’énergies pour répondre à la demande croissante des pays émergents. De 3 millions de barils équivalent pétrole par jour, Total va passer à 4 Mbep/j.

Cette énergie sera plus diversifiée, avec au moins autant de pétrole qu’aujourd’hui, plus de gaz naturel, 15 % d’électricité produite à partir de renouvelables et de gaz, 5 % de biocarburants et un soupçon de biogaz.

Ce virage vers les électrons – entamé depuis 2011 avec l’acquisition de SunPower et renforcé avec celle de Saft en 2016, de 30 % de Total Eren en 2017 et de Quadran en 2018 – permet à Total de s’inscrire dans l’autre grande tendance des marchés de l’énergie, l’électrification du monde. Le groupe prend très au sérieux les ambitions de neutralité carbone de l’Europe en 2050 et de la Chine en 2060.

À fond sur l'électron et le biodiésel…

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Patrick Pouyanné compte sur les revenus du pétrole pour financer la construction, très capitalistique, de près de 80 gigawatts de nouvelles capacités de production d’électricité d’ici à 2030. Il investit dans les bornes de charge électrique en Europe et se positionne sur le marché des batteries de véhicules électriques via une coentreprise Saft-Opel.

Total va également construire une deuxième bioraffinerie en France pour produire du biodiésel sans huile de palme pour l’aérien. Pour aider ses grands clients industriels à réduire leurs émissions, Total investit également dans le captage et stockage de CO2 à échelle industrielle en Norvège.

… mais l'hydrogène vert à la traîne

Tout y est pour décarboner son mix énergétique, ou presque. Total n’a pas anticipé le virage vers l’hydrogène vert de l’Europe et de la Chine. Or l’électrolyse de l‘eau pourrait mobiliser jusqu’à 25 % de la production électrique. Les scénarios prospectifs à 2050 du Total Outlook n’en tiennent quasiment pas compte. Patrick Pouyanné, qui y voit surtout une solution de stockage des renouvelables, avait laissé l’hydrogène à Engie lorsqu’il lui a racheté ses activités GNL. Il doit s’en mordre les doigts.

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