L’Europe lance son projet de constellation spatiale souveraine

Le commissaire européen Thierry Breton a présenté le projet made in Europe de lancement de satellites en orbite basse, afin de protéger les communications et de réduire la dépendance de la région à des acteurs étrangers. Emmanuel Macron et les ministres européens concernés doivent discuter du sujet à Toulouse, mercredi 16 février.
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Nano-satellites Kinéis
Le coût de cette constellation est évalué à environ 6 milliards d’euros.

« Cette nouvelle constellation est le moment Galileo de la connectivité. » Le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, a pris l’exemple du GPS européen, mardi 15 décembre en conférence de presse à Strasbourg (Bas-Rhin), pour décrire l’ampleur du projet de constellation de satellites de communication européen. Plusieurs centaines ou milliers de petits satellites en orbite basse, entre 400 et 500 kilomètres, doivent permettre de mettre fin aux zones blanches.

La constellation assurera également la résilience des réseaux, menacés par les cyberattaques, et sécurisera les communications, alors que l’essor des technologies quantiques fait peser un risque sur la confidentialité des données. « Ces technologies pourraient casser les codes RSA internet [un algorithme de cryptographie], il faut nous y préparer », a prévenu Thierry Breton.

Une constellation à 6 milliards d'euros

Cet ensemble de satellites sera couplé à des appareils en orbite géostationnaire, et interconnecté à Galileo, ainsi qu’au système européen d’observation de la Terre, Copernicus. Il couvrira également le continent africain : Thierry Breton a notamment mentionné  l’intérêt du président sénégalais Macky Sall pour le dispositif. D'après un communiqué de la Commission européenne, cette infrastructure « apporterait une valeur ajoutée brute comprise entre 17 et 24 milliards d'euros, et créerait des emplois dans l'industrie spatiale de l'Union ».

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Le coût de cette constellation est évalué à environ 6 milliards d’euros, réparti comme suit : 2 milliards seront débloqués par les Etats membres, 2,4 milliards pris sur le budget européen et 2 milliards financés par les entreprises. D’après Les Echos, la France serait prête à y consacrer 500 millions des 1,5 milliards d’euros du plan de relance lié au spatial. Ce mode de financement devait être dans un premier temps celui de Galileo, dont les 13 milliards d’euros sont finalement venus exclusivement d’argent public.

Interrogé sur ce choix, Thierry Breton a souligné qu’il s’agissait d’un moyen « de prendre le virage du new space ». Dans son communiqué, la Commission précise que « deux contrats ont été attribués en décembre 2021. Les travaux techniques sont maintenant en cours, et leurs résultats sont attendus pour juin 2022 ». Les premiers satellites de la nouvelle constellation devraient être opérationnels en 2024 et le projet entier prêt en 2027.

L’Europe cherche à rester compétitive

Le commissaire européen a insisté sur la nécessité pour l’Europe de garder son rang de puissance spatiale, alors que les bandes de fréquence des satellites sont attribuées aux premiers arrivés. Les grandes manœuvres s’accélèrent autour des projets de constellations puisque la Chine compte lancer 13 000 appareils, tandis que les Etats-Unis peuvent déjà compter sur les 1 900 satellites de SpaceX (qui en prévoit 12 000 à terme) ou les 3 236 satellites Kuiper d’Amazon.

Encore faut-il que l’Europe se donne les moyens de ses ambitions : Thierry Breton souhaitait que le budget alloué au programme spatial européen atteigne 16 milliards d’euros entre 2021 et 2027, mais celui-ci a finalement été ramené à 14,9 milliards sur cette période, soit 2,1 milliards par an. Le budget de l’Agence spatiale européenne s’élevait, lui, à 4,87 milliards en 2020, rappelle La Tribune. Des chiffres qui placent le budget européen annuel dédié au spatial un peu en dessous de la Chine (8,4 milliards de dollars en 2019 selon l’OCDE) et très loin de celui de la seule Nasa aux Etats-Unis (23,2 milliards en 2021) !

Protection du cyberespace

Toujours dans l’optique de mieux coordonner les Etats membres, Thierry Breton a précisé les priorités de la Commission pour la « boussole stratégique » européenne, que doivent adopter les 27 d’ici un mois. « Seul 11% de la dépense publique de la défense se fait en commun », a-t-il rappelé, alors que l’objectif est fixé à 35%. Pour ce faire, Bruxelles souhaite développer les achats d’armement en commun, grâce à une exonération de TVA ou via le Fonds européen de défense, déjà doté de 7 milliards d’euros entre 2021 et 2027 et dont le système de bonus pourrait être revu pour pousser les Etats à coopérer.

Thierry Breton a enfin ajouté que « de la même manière qu’on protège nos frontières physiques avec Frontex », les frontières du cyberespace devaient être protégées par « des centres opérationnels de sécurité, qui permettent d’identifier les menaces en amont pour bâtir ce cyberbouclier au niveau européen ». C’est le sens du « Cyber Resilience Act » présenté l’an dernier par la Commission.

Si le commissaire a reconnu que l’Europe de la défense était « compliquée » à mettre en place en raison d’histoires nationales différentes, « personne mieux que nous, tous réunis, ne peut et ne doit traiter le cyberespace ». Il le rappellera mercredi 16 février à Emmanuel Macron et aux ministres européens réunis à Toulouse (Haute-Garonne), le chef de l’Etat français ayant fait du spatial l’une des priorités de la présidence française du Conseil de l’Union européenne.

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