L’Etat promet 120 millions d’euros pour produire des médicaments impliqués dans la lutte contre le Covid-19

[ACTUALISÉ] Le gouvernement va débloquer dès cette année une enveloppe de 120 millions d’euros pour aider au développement de capacités de production pharmaceutique en France pour des médicaments permettant de lutter contre le Covid-19. Dans l’objectif de reconquête de la souveraineté sanitaire, un plan d’action sur les relocalisations pharmaceutiques industrielles est aussi en préparation, et un premier projet de relocalisation de production de paracétamol lancé.

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L’Efferalgan et le Dafalgan sont assemblés par Upsa en Nouvelle-Aquitaine, à Agen et au Passage d’Agen (Lot-et-Garonne).
L'Etat va d'abord soutenir la production de médicaments utilisés pour lutter contre le Covid-19 puis, en 2021, pour relocaliser des productions stratégiques.

Emmanuel Macron avait annoncé le 16 juin le déblocage d’une enveloppe de 200 millions d’euros lors de sa visite sur le site de Sanofi Pasteur à Marcy-L’Etoile. Ce 18 juin, les ministères des Solidarités et de la Santé, et de l’Economie et des Finances l'ont détaillé en indiquant deux initiatives distinctes. La première, de 78 millions d’euros, concerne le soutien à des projets en cours de R&D pour la mise au point de traitements et d’un vaccin contre le Covid-19. La seconde, de 120 millions d’euros, porte sur le soutien au développement de capacités de production de médicaments utilisés dans la prise en charge de patients atteints de Covid-19.

Produits innovants et matures

Cette dotation de 120 millions d’euros est liée à un appel à manifestation d’intérêt dans le cadre du Programme des investissements d’avenir de Bpifrance. Les projets, qui seront étudiés au fil de l’eau et jusqu’au 30 octobre prochain, devront concerner la production de médicaments que l’on peut utiliser contre le Covid-19, mais aussi la production de principes actifs ou de matières premières nécessaires à la fabrication de ces médicaments. Il peut s’agir de produits innovants, arrivant ou en passe d’arriver sur le marché, ou de produits dits matures, c'est à dire déjà existants et disponibles.

Certains de ces médicaments existants ont pu manquer pendant le pic épidémique de la crise du Covid-19 au printemps. Au cours de cette première vague, des tensions, parfois fortes, sont apparues notamment sur les produits anesthésiants pour la prise en charge des malades en réanimation, ainsi que sur le paracétamol, par exemple.

Produire du paracétamol en France d'ici trois ans

Sur le cas précis du paracétamol, le gouvernement confirme d’ailleurs ce que le président de la République annonçait le 16 juin chez Sanofi : il est désormais prévu que la France se réarme de capacités de production de ce principe actif utilisé dans de nombreux antalgiques comme le Doliprane, l’Efferalgan ou le Dafalgan, destinés à la prise en charge de la douleur et de la fièvre. Aujourd’hui, aucun producteur en Europe ne fabrique de paracétamol. Le gouvernement précise que des travaux sont déjà engagés avec les laboratoires pharmaceutiques Upsa et Sanofi ainsi qu’avec le leader français de la chimie fine pharmaceutique, Seqens, pour trouver un modèle de production, de conditionnement et de distribution de paracétamol sur le territoire français d’ici trois ans.

Enveloppe amplifiée en 2021

Cette première enveloppe de 120 millions d’euros n’est destinée qu’aux projets pour 2020. Les deux ministères précisent dans leur communiqué qu’elle sera "amplifiée en 2021 pour financer de nouveaux projets". Cette mobilisation de l’Etat sur la production pharmaceutique en France est ainsi destinée à reconquérir une souveraineté industrielle et sanitaire de la France. Les futurs soutiens gouvernementaux l’an prochain ne devraient ainsi pas se limiter aux traitements liés à la lutte contre le Covid-19 mais porter sur d’autres chaînes de valeur de médicaments, en l’occurrence ceux faisant l’objet de tensions particulières sur leur disponibilité en France. Car entre 2008 et 2019, les tensions et ruptures sur l’approvisionnement de médicaments sont passées d’une quarantaine de cas à plus de 1200 en France, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Dépendance asiatique

Ce problème, qui est aussi européen, est souvent lié au fait que la France, comptant pourtant parmi les plus grands producteurs de médicaments au monde, reste très dépendante des fournisseurs asiatiques pour la production, en amont, des principes actifs. Ces molécules sont celles qui soignent mais elles sont préalablement synthétisées dans des usines chimiques avant d’être livrées dans les usines fabriquant les médicaments que l’on trouve en pharmacie ou à l’hôpital. Dans ces dernières, les principes actifs, dont la production a été massivement délocalisée en Asie depuis une vingtaine d’années, sont ainsi mélangés avec d’autres matières pour obtenir la bonne forme des médicaments.

La crise du Covid-19 et les mesures de confinement qui ont eu lieu en Asie, notamment en Chine, ont ainsi contribué à certaines tensions d’approvisionnement sur des médicaments pourtant très communs, comme ceux à base de paracétamol, ou très spécifiques, comme certains anesthésiants, même si aucune rupture n’a finalement eu lieu en France. Mais une multitude de médicaments, parfois stratégiques et d’importance vitale comme des anticancéreux, souffrent régulièrement de certaines tensions en raison de cette dépendance française et européenne à l’Asie pour les principes actifs.

Plan d'action de relocalisation

Le gouvernement prévoit ainsi d’élaborer un plan d’action, en concertation avec les industriels pharmaceutiques, pour recenser les projets industriels qui pourraient être relocalisés en France. Pour tous ces projets, seront examinés en particulier leur faisabilité économique, car il s’agit de relocaliser des productions subissant de très fortes pressions sur les coûts, et des contraintes environnementales. Car certaines de ces productions de principes actifs ou de matières premières utilisent parfois des procédés qui ne sont plus conformes aux standards réglementaires européens, plus exigeants qu’en Asie.

78 millions d’euros pour la R&D contre le Covid-19

En plus de ce volet productif, l’Etat vient soutenir la R&D sur le cas des traitements spécifiques en développement contre le Covid-19. La première enveloppe, de 78 millions d’euros, sera ainsi répartie entre six projets en cours ayant répondu à l’appel lancé en mars dernier dans le cadre du programme d’Investissements d’avenir. Ces projets ont des visées préventive ou curative face à la maladie, sont menés avec des partenaires académiques français, et sont en cours d’essais cliniques.

Six projets à Paris, Marseille, Nantes et Lyon

Les six entreprises soutenues sont majoritairement des acteurs français des biotechnologies. On trouve ainsi deux sociétés marseillaises, Innate Pharma, spécialisée en immuno-oncologie, et qui développe deux anticorps monoclonaux contre le Covid-19, et Genoscience, focalisée sur l’oncologie, et qui travaille sur une thérapie antivirale contre la maladie. Implantés à Paris, Abivax, spécialiste des maladies inflammatoires, des infections virales et des cancers, développe un traitement complet, tandis qu’Inotrem, focalisé sur l’immunothérapie pour les syndromes inflammatoires aigus et chroniques, travaille sur un peptide spécifique. A Nantes, la société Xenothera, centrée sur l’immunologie, est en plein développement clinique d’un anticorps polyclonal contre le Covid-19. Enfin, à Lyon, l’entreprise Osivax, spécialisée dans les vaccins et les immunothérapies, œuvre sur le développement d’un vaccin à large spectre contre les coronavirus.

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