Etude

L'Espagne explique enfin le blackout ibérique, dû ni à une cyberattaque ni aux renouvelables

Le gouvernement espagnol a présenté le 17 juin son rapport sur les causes de l’effondrement du système électrique dans la péninsule ibérique le 18 avril. Il est lié à un problème multifactoriel de surtension, dû à de mauvais choix des opérateurs du réseau et des producteurs.

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Conférence Espagne blackout
La ministre espagnole de la Transition écologique, Sara Aagesen, a présenté le 17 juin le rapport d'expert sur les causes du black-out du 28 avril sur toute la péninsule ibérique.

Les renouvelables, coupables tout trouvés du blackout qui a éteint la péninsule ibérique à 13h33 le 28 avril pour plusieurs heures, n’y sont finalement pour rien. Et pas de trace non plus d’une quelconque cyberattaque. Le rapport d’experts, présenté le 17 juin par la ministre de la Transition écologique espagnole, Sara Aagesen, conclut que la panne générale de courant a été causée par un problème de surtension multifactoriel impliquant trois éléments : le manque de capacité de régulation de tension, des fluctuations affectant son fonctionnement et des installations de production déconnectées, parfois de manière apparemment inappropriée.

Deux groupes d’experts ont analysé plus de 300 gigaoctets (Go) de données pour retracer le déroulé de la panne. À l’issue de la plus grande enquête de cybersécurité de l'histoire de l'Espagne, selon Sara Aagesen, avec l’analyse de 133 Go de données, le groupe de 75 experts en sécurité informatique a ainsi exclu la possibilité que l’incident soit dû à une cyberattaque. Le groupe qui a travaillé sur l’exploitation du réseau a pu identifier les trois causes de l’incident et retracer le déroulement ayant conduit à la panne générale.

Tension, oscillations et déconnexions innapropriées

Les problèmes de tension étaient liés au fait que le nombre de centrales synchrones (non intermittentes et pilotables par le gestionnaire du réseau), qui devaient être connectées au réseau, étaient moins nombreuses que prévu la veille. De plus, plusieurs de celles capables de réguler la tension «n'ont pas répondu adéquatement aux instructions du gestionnaire du réseau visant à la réduire ; certaines ont même produit de la puissance réactive, à l'inverse de ce qui était requis, contribuant ainsi au problème», est-il indiqué dans le rapport. La seconde cause, des oscillations «atypiques provenant d’une installation de la péninsule», n’ont pas pu être régulées par la mise à disposition d’une autre centrale électrique «techniquement impossible à faire avant la panne».

Le troisième facteur concerne la «déconnexion inappropriée» de centrales de production pour réguler la tension du réseau. «Certaines de ces déconnexions auraient eu lieu avant le dépassement des seuils de tension réglementaires (entre 380 kV et 435 kV sur le réseau de transport), tandis que d'autres sont intervenues après le dépassement de ces limites pour protéger les installations», est-il précisé dans le rapport. Or, une fois la réaction en chaîne déclenchée, les protections habituelles du système électrique, comme les délestages ou la réduction du flux d'interconnexion avec la France, ont même pu contribuer au phénomène de surtension en déchargeant davantage les lignes.

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Augmenter la flexibilité et les interconnexions

Pour éviter un nouveau blackout, le rapport préconise notamment d’augmenter les outils de flexibilité au niveau de la consommation industrielle ainsi que les capacités de stockage et l’accroissement des interconnexions avec les pays voisins. Le même jour, le gestionnaire de réseau RTE a annoncé que la Banque européenne d’investissement (BEI) s’engage à financer à hauteur de 1,6 milliard d’euros la construction de l’interconnexion électrique entre l’Espagne et la France dans le golfe de Gascogne.

La recommandation d’accroître les capacités de flexibilité du côté de la demande, et non uniquement de l’offre, sera, elle, sûrement reçue avec intérêt par les autres gestionnaires du réseau européen, notamment RTE, qui milite lui aussi pour la concrétisation des projets d’électrification de l’industrie, qui résoudrait en partie le problème de prix négatifs.

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