L’équipementier automobile Bosch taille dans ses effectifs en Allemagne comme en France

L’équipementier automobile Bosch a formulé le 18 janvier son intention de supprimer 1 200 emplois dans sa division de développement de logiciels d'ici à la fin de 2026. Les décisions de ce type se multiplient pour le fournisseur allemand. La France n’est pas épargnée.

Réservé aux abonnés
Site Bosch à Rodez
L'avenir de site Bosch à Rodez est toujours en suspens, six mois après l'arrêt d'un projet de diversification autour du transport routier réfrigéré à l’hydrogène.

Même le premier équipementier automobile mondial n’échappe pas aux affres de la transition électrique. Le groupe allemand Bosch, basé à Gerlingen, près de Stuttgart, enchaîne les annonces de réduction progressive de ses effectifs. La multinationale (non cotée en Bourse), qui emploie près de 420 000 collaborateurs à travers le monde dont 134 000 en Allemagne, a officialisé jeudi 18 janvier son intention de supprimer 1 200 emplois dans sa division de systèmes électroniques embarqués (logiciels) d’ici à fin 2026. Si l’on sait que 950 éliminations de postes concernent des sites en Allemagne, les autres pays touchés par cette mesure ne sont pour l’heure pas connus.

Cette décision intervient un mois seulement après que le spécialiste des pièces détachées (démarreurs et alternateurs, pompes, bougies d'allumage, capteurs, courroies de transmissions…) a communiqué sur la suppression en cours d’année 2024 de 1 500 emplois, toujours en Allemagne, dans ses sites de fabrication de transmissions Stuttgart-Feuerbach et Schwieberdingen dans le Bade-Wurtemberg (au sud-ouest du pays). A l’instar des coupes d'effectifs dans sa division de logiciels, les emplois concernés se concentrent dans la recherche et développement et le secteur tertiaire. 

Bosch indique tout mettre en œuvre afin de reclasser dans d’autres activités les personnes touchées par ces restructurations, ou de les accompagner via des offres de départ volontaire. Un accord signé à l’été 2023 avec le puissant syndicat allemand IG Metall protège 80 000 employés jusqu’en 2027, année jusqu’à laquelle le groupe s’est engagé à ne pas licencier d’employés de sa branche mobilité. Malgré la bonne santé financière du groupe – qui affichait 88,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022 pour un bénéfice net après impôt de 1,8 milliard d’euros – le directeur général de l’entreprise, Stefan Hartung, a prévenu que «l'année 2024 sera plus difficile que prévu, et 2025 probablement aussi», préparant les observateurs à des résultats financiers moins ambitieux. 

«Préserver l’emploi autant que possible»

«La transformation de la mobilité aura un impact majeur sur l’ensemble de l’industrie et Bosch ne fait pas exception, écrit l'entreprise à L'Usine Nouvelle. Et même si l’objectif est de préserver l’emploi autant que possible avec de nouveaux produits et un large éventail de programmes de formation, le groupe ne pourra pas éviter les suppressions d’emplois dans certaines entités».

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Après plusieurs années de déclin des ventes dans le diesel, Bosch est engagé – comme de nombreux autres équipementiers automobiles, notamment allemands – dans une coûteuse transition électrique. Face à la baisse annoncée du marché des moteurs à combustion en Europe, le groupe allemand doit investir plusieurs milliards d’euros dans les nouvelles technologies de groupes motopropulseurs (électrique et hydrogène), les logiciels embarqués ou encore les semi-conducteurs. La tâche est d’autant plus complexe dans un contexte mondial d'inflation, de hausse des coûts de l’énergie et de taux d’intérêts nettement supérieurs à ceux enregistrés au cours de la dernière décennie. 

L’avenir de l’usine Bosch de Rodez en suspens

Dans ce contexte, les employés français de Bosch s’inquiètent. Fin novembre, un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) a été annoncé au siège français de Bosch, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), avec la décision de fermer le centre d’essai automobile, en juin. «Les activités de développement de nouveaux projets ont considérablement diminué ces dernières années et le volume des commandes a connu une forte baisse», indique le groupe Bosch. Quelque 40 postes doivent être supprimés, sur les 1 300 personnes employées sur place. Des discussions avec les représentants des salariés s’ouvriront le 30 janvier. 

«On a l’impression de payer le prix de l’électrification, 12 ans avant 2035, regrette Christophe Arjona, délégué à la CFDT. Il n’y a pas de diversification des activités malgré nos demandes incessantes… On alerte depuis 24 mois afin de trouver des solutions pérennes pour l’activité de moteurs thermiques». Le représentant syndical redoute déjà de nouvelles coupes au sein de l’ingénierie et se désole que ces précisions soient prises «sans aucune empathie, sans social, sans humain. Ce qui n’était pas le cas avant !» De son côté, Bosch assure «rechercher les solutions les plus socialement acceptables pour les collaborateurs dans le respect du dialogue social».

Dans le sud-ouest, l’avenir de l'usine de Rodez (Aveyron) est en suspens. Un accord de transition signé en 2021 prévoyait le maintien des emplois et un projet de diversification des activités autour du transport routier réfrigéré à l’hydrogène. Ce dernier est à l’arrêt depuis juin 2023 «en raison d’un manque de visibilité marché et de rentabilité économique», indique l’industriel. Pour compenser en partie l'arrêt de ce projet (nom de code : FresH2), la production des buses d'injection diesel qui devait être initialement arrêtée au 1er janvier 2027 sera maintenue jusqu'à fin 2028. «Le groupe décide d’adapter ses effectifs et son outil industriel à la demande du marché», commente Sébastien Dusch à la CFE CGC, un brin fataliste. «La situation est complexe pour tous les acteurs. Chacun va se restructurer dans son coin pour affronter la tempête. Un peu comme nos clients».

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.