Reportage

L’EPR de Flamanville presque prêt pour sa première divergence

Annoncée comme imminente par le PDG d’EDF Luc Rémont début juillet, la première divergence de l’EPR de Flamanville ne devrait pas avoir lieu avant plusieurs semaines. Le dossier pour l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) n’est pas encore complet. Mais le planning de raccordement au réseau d’ici à la fin de l’été devrait être tenu.

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salle des machine numérique de Flamanville 3
Dans la salle de commande, les deux agents qui réaliseront la divergence seront guidés par un signal sonore simulant l'accélération de la production de neutrons. (photo réalisée en 2022 lors des entrainements)

La divergence «c’est lorsque le réacteur prend vie», explique Alain Morvan, le responsable du projet de démarrage de l’EPR de Flamanville (Manche). Mais contrairement à ce qu’a pu laisser penser le PDG d’EDF Luc Rémont, cette naissance ne se compte pas encore en jours, mais plutôt en semaines. Même si un pré-dossier a été transmis à l’Autorité de sureté nucléaire (ASN), qui seule peut autoriser la divergence, il reste encore des essais à réaliser pour compléter le dossier. Des essais qu’il était impossible de réaliser avant le chargement du combustible, fini le 15 mai, la fermeture étanche de la cuve, sa mise sous vide et le remplissage du circuit primaire de ses 300 mètres cube d’eau. Il s’agit en effet de vérifier le comportement des systèmes de contrôle commande, d’abord à froid, avec une eau à 20°, puis à chaud sous pression, avec une eau à 303°C et 155 bars de pression.

Alain Morvan se refuse d’ailleurs à donner une date pour cette première divergence, l’étape de démarrage de la réaction en chaine, jusqu’à atteindre 0,2% de la puissance nucléaire du réacteur. Elle s’opère en diminuant la concentration en bore (un absorbeur de neutrons) de l’eau du circuit primaire et en extrayant une à une les 89 grappes de commande qui bloquent les neutrons issus de la fission des noyaux d’uranium au milieu des assemblages de combustibles placés au cœur de la cuve du réacteur. Ce sont elles qui servent à piloter le réacteur et à moduler sa puissance. Et c’est justement lors des derniers essais à chauds que sont réalisés les tests sur les grappes de commandes, notamment une opération de refroidissement brutal du cœur – réalisé en laissant tomber les 89 éléments d’un seul coup.

Grégory Heinfling nouveau maitre des lieux

Alain Morvan assure en revanche que l’étape suivante, le raccordement de la centrale au réseau électrique lorsque que le réacteur aura atteint 25% de puissance et produira des électrons, sera bien réalisé avant la fin de l’été, soit d’ici fin septembre. D'ici là, «il faut rester très concentré» sur les étapes à venir, explique Grégory Heinfleing, le directeur de l’exploitation de Flamanville 3, qui travaille sur le projet depuis 2005.

Depuis le chargement du combustible en mai, c’est lui qui a pris la suite d’Alain Morvan comme responsable la sureté et des opérations de Flamanville 3. La tache de ce dernier – et de son équipe de 200 personnes de l’ingénierie d’EDF – devraient s’achever début 2025, lorsque le réacteur aura atteint 100% de puissance et que les industriels Framatome et Arabelle Solutions auront validé la mise en service industrielle de la chaudière nucléaire, de la turbine et de l’alternateur, deux mois après la fin des essais. La mise en service commerciale, elle, n'interviendra qu'après avoir produit 14 TWh soit environ 18 mois et un premier arrêt de tranche de plusieurs mois pour une visite complète et le replacement du couvercle, soit en 2027.

On n’en est pas là. Après la divergence, qui devrait donc avoir lieu courant aout, EDF a programmé un premier point d’arrêt du réacteur à 10% de puissance, puis un second à 25%, obligatoire pour obtenir l’autorisation de l’ASN pour le raccordement de la centrale au réseau. Un autre point d’arrêt technique du réacteur est prévu à 60% et une nouvelle autorisation de l’ASN à 80% avant d’atteindre 100%.  Avec durant tout le processus des milliers de tests et de suivis de paramètres. Et toujours un lot d’imprévus. EDF a déjà rapporté à l’ASN trois anomalies, sans incidence sur le démarrage.

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