L’annonce est passée relativement inaperçue dans les tumultes du confinement. En mai, Tesla faisait l’actualité en défiant les mesures de restriction des autorités américaines. Mais le constructeur de voitures électriques mène un autre projet qui intrigue : il a déposé un dossier de candidature le 28 avril pour devenir fournisseur d’électricité au Royaume-Uni. Une demande qui illustre les ambitions de l’entreprise américaine dans le secteur de l’énergie.
Une stratégie expansionniste dans l’énergie
"Cette initiative ne fait pas de Tesla un acteur majeur du marché de l’électricité”, relativisent dans une tribune Stefan Ambec et Claude Crampes, deux chercheurs à l’Ecole d’Economie de Toulouse (TSE). “Mais, compte tenu du dynamisme de son patron [Elon Musk], on peut penser que ce n’est qu’un premier pas vers une stratégie de développement basée sur sa maîtrise de la technologie des batteries.”
A côté de son catalogue de véhicules 100 % électriques, Tesla propose divers produits liés à l’énergie : des toits solaires (ou Solar Roofs), les batteries domestiques Powerwall et les batteries géantes Megapack dédiées aux entreprises ou aux collectivités. Dans ses derniers résultats, l’entreprise rapportait une production de 1 000 Solar Roofs par semaine.

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 1.2539+3.07
3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
Au premier trimestre 2020, l’activité énergie représentait 293 millions de dollars tandis que les ventes automobiles ont pesé 4,9 milliards de dollars. Mais “sur le long terme, j’espère que Tesla Energy fera la même taille ou à peu près que la branche automobile de Tesla”, déclarait en octobre 2019 l’emblématique patron.
“L’avenir est aux batteries”, selon les économistes français
“A l’heure actuelle, le stockage d’eau par pompage en altitude reste la solution la plus performante. Mais les localisations et volumes sont limités par les conditions géographiques. L’avenir est donc aux batteries, en amont intégrées aux réseaux, en aval sur les lieux de consommation et sous le capot des véhicules”, analysent Stefan Ambec et Claude Crampes. “Chez les électriciens, c’est la course pour mettre au point des batteries peu volumineuses et assez légères, capable d’emmagasiner rapidement beaucoup d’énergie et de répondre pendant longtemps à d’importants appels de puissance, et tant qu’à faire, à un coût modeste”, poursuivent-ils.
Avec son Megapack, Tesla revendique le système de batterie le plus dense au monde. Des systèmes de ce type ont été installés en Australie dans le parc éolien de Hornsdale... accessoirement détenu par l’entreprise française Neoen, spécialisée dans les énergies renouvelables. “De même que les suspensions d’un véhicule atténuent les chocs liés aux irrégularités de la chaussée, un système inertiel de stockage d’énergie est essentiel à la stabilisation du réseau électrique en cas de variations de l’offre et de la demande d’électricité, expliquait en novembre 2019 Neoen. [...] Cette technologie de batterie, une première en Australie, est destinée à répondre aux variations de l’offre à l’aide d’un dispositif de charge et de décharge rapide et automatique.”
Autobidder, un logiciel de négoce
Outre cette solution innovante, Tesla intervient sur un autre aspect : “Pour retirer tous les gains potentiels de l’arbitrage, il faut disposer d’informations sur les prix de l’énergie et d’un logiciel jouant le rôle de trader. C’est dans ce but que Tesla a placé les batteries de Hornsdale sous le contrôle de la plateforme Autobidder”, expliquent Stefan Ambec et Claude Crampes.
Tesla n’a pas officiellement annoncé le lancement de ce logiciel mais on retrouve désormais une description du service sur son site. Basé sur le machine learning et des algorithmes statistiques, Autobidder permet de donner des prévisions sur les prix de l’électricité, les volumes de production, les pics de charge ou encore l’optimisation du réseau. Il propose ainsi un service de “smart bidding” (enchères intelligentes).
Une course dans laquelle Tesla ne sera pas seul
“Plus que les batteries au lithium, technologie déjà bien maitrisée par beaucoup d’entreprises, c’est la plateforme de négociation et de contrôle en temps réel des phases de charge et de décharge qui constitue l’avancée technologique à surveiller dans la décennie qui vient”, estiment les deux chercheurs de la TSE.
Selon eux, la performance financière de cette plateforme reste à prouver. La demande de Tesla au Royaume-Uni pourrait être un signe que l'expérience australienne fut concluante. “La profitabilité exige d’acheter à des prix suffisamment bas et de vendre à prix très élevé, ce qui suppose des alimentations très contrastées en énergies intermittentes selon les dates et les états de la nature. On peut donc prévoir que Tesla ne sera pas seule dans la course pour s’installer aux bons nœuds des réseaux”, prédisent les deux économistes.



