La plus grande centrale nucléaire française doit se mettre en conformité. Mercredi 10 juin, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a annoncé la mise en demeure d’EDF. La procédure concerne la protection du site de Gravelines (Nord) contre le risque d’explosion d’origine externe.
Une anomalie sur les moteurs des tambours filtrants
L’électricien français a lui même relevé le problème en février. L’entreprise a détecté un “écart affectant les moteurs des tambours filtrants de la source froide des six réacteurs de la centrale”. Ces matériels se trouvent dans les stations de pompage du site, en bord de mer. Petit rappel technique : à la différence d’autres centrales, le site de Gravelines utilise les eaux de la mer du Nord pour son refroidissement. Importants pour la sûreté nucléaire, les tambours filtrants retiennent les débris que contient l’eau de mer (algues, coquillages...) avec de multiples tamis. Ils assurent ainsi une source froide de qualité.
L'anomalie a été découverte lors d'une étude menée par EDF en 2019, en préparation des quatrièmes visites décennales qui permettent aux réacteurs de 900 MW de pouvoir être exploités au-delà de quarante ans. "Les moteurs petite vitesse qui permettent la rotation et l’efficacité des tambours filtrants pourraient être affectés par des chutes d’éléments de la structure de cette station de pompage, en cas d’explosion", explique à L'Usine Nouvelle un porte-parole d'EDF. "Cela fait partie de notre travail d'exploitant d'identifier tout ce qui pourrait arriver", rappelle-t-il.

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Une centrale à proximité d'un terminal méthanier
“En cas d’explosion à proximité de la centrale nucléaire, cet écart peut conduire à perdre les moyens de refroidissement à long terme du combustible des six réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines”, relève l’ASN. En janvier, l'autorité avait déjà mis en demeure le groupe, dans l'attente de documents sur la protection environnementale de plusieurs centrales, dont celle de Gravelines.
Le gendarme nucléaire rappelle que la centrale de Gravelines “doit pouvoir faire face à une explosion d’origine externe de forte intensité”. L’ASN rappelle effectivement la présence de plusieurs sites industriels autour du site EDF : notamment celle du terminal méthanier de Dunkerque exploité par Dunkerque LNG.
EDF se veut rassurant sur l'anomalie relevée : même en cas d’explosion et d’arrêt des moteurs des tambours filtrants, le refroidissement de la centrale ne serait pas compromis. “S’il y avait une explosion à l’extérieur, le réacteur pourrait être mis à l’arrêt, refroidi et maintenu dans un état sûr. Nous avons en parallèle d’autres circuits qui permettent à tout instant de refroidir le réacteur, même s’il y avait une explosion externe”, explique l'entreprise.
Quels travaux va devoir mettre en oeuvre EDF ?
Avant la publication de l’ASN, EDF s’était déjà engagé à modifier ses installations pour le 31 octobre 2020. “L’ASN a néanmoins décidé d’encadrer le délai de résorption de cet écart par une mise en demeure”, justifie le gendarme du nucléaire dans son communiqué.
“L’ASN nous a demandé de mettre en oeuvre deux dispositions : des capots métalliques de protection autour des moteurs petite vitesse, et des mesures permettant de garantir un niveau d’eau minimum dans deux réservoirs d’eau de secours de la centrale afin de renforcer la résistance à une onde de choc”, explique l'électricien. La disposition concernant les réservoirs d'eau a déjà été prise. Pour les moteurs, le réacteur n°5 de la centrale a également été modifié. L’électricien doit encore s’occuper des cinq autres réacteurs mais semble confiant sur le bon déroulement des modifications dans les délais imposés. “Nous serons en mesure d'honorer les points soulevés par l’ASN”, assure le porte-parole d’EDF.
Avec six réacteurs de 900 MW et 2 000 salariés, le site de Gravelines revendique le titre de plus grande centrale nucléaire d’Europe de l’Ouest par capacité de production et nombre de réacteurs. L’unité n°4 est actuellement arrêtée pour rechargement combustible depuis fin mai 2020 et l’unité n°1 est en travaux. Les quatre autres réacteurs de la centrale alimentent le réseau électrique.



