«La taille de l’Allemagne, sa situation géographique centrale et sa puissance économique font de nous une puissance de premier plan. Nous devons assumer ce rôle de leader, que nous le voulions ou non», déclarait en septembre 2022 Christine Lambrecht (SPD), ex-ministre de la Défense allemande. Nouvelle ère, nouvelle doctrine et nouveaux projets, comme l’European Skyshield. «Lancée par l’Allemagne dans le cadre de l’Otan, cette initiative vise à mutualiser l’achat de systèmes de défense aérienne entre les pays membres», explique Ernst Stetter, le conseiller spécial du président de la Fondation Jean-Jaurès pour l’Europe.
Le bouclier antiaérien comportera trois types de protection contre les attaques de courte, moyenne et longue portée. Le premier sera le missile guidé air-air à tête chercheuse infrarouge à courte portée Iris-T SLM, conçu par la société allemande Diehl BGT Defence. S’ajouteront le système américain Patriot PAC-3 («Phased array tracking radar to intercept of target», ou «radar de poursuite à réseau phasé pour intercepter une cible») à moyenne et longue portée et l’Arrow 3, un missile antibalistique hypersonique et exoatmosphérique développé conjointement par Israël et les États-Unis.
Simplifier pour accélérer
Un projet auquel 14 pays de l'Otan ont accepté de participer, mais pas la France. Elle prépare en effet avec l’Italie un nouveau système de défense antiaérienne, baptisé Samp/T NG (pour Sol-air moyenne portée terrestre de nouvelle génération), prévu pour entrer en service en 2025 et qui n’a pas convaincu Berlin. «Face à l’urgence, l’European Skyshield privilégie l’option d’acheter ses équipements “sur étagère”, principalement aux États-Unis.» Christine Lambrecht avait aussi souligné devant la presse sa préférence pour les systèmes déjà existants et bénéficiant d’une interopérabilité avec ceux de l’Otan et de l’armée américaine.
«Par ailleurs, l’expérience a montré que les projets européens peuvent être bien plus complexes à mettre sur pied et qu’ils peuvent déboucher sur des désaccords politiques qui retardent les échéances», avance Detlef Puhl, ancien conseiller spécial auprès du secrétaire général adjoint de l’Otan. Et de citer l’exemple de l’avion de transport A400M, très en retard et plus coûteux que prévu. Autre déconvenue, l’épineux dossier de l’avion de patrouille maritime Maws (pour Maritime airborne warfare system), actuellement au point mort et auquel l’Allemagne a préféré des P-8A Poseidon de Boeing, en tout cas comme solution intermédiaire.



