Les douze salariés finissent d’honorer les dernières commandes. La dernière usine de masques de Bretagne va fermer ses portes. Le tribunal des activités économiques de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) a prononcé le 2 avril la liquidation judiciaire de l’entreprise Klap France, installée à Ploufragan. Aucune offre de reprise n’a été déposée au terme de la procédure de redressement judiciaire, lancée en mars 2024.
L’usine a été créée en 2020, en pleine crise sanitaire, sous l'impulsion de l'homme d'affaires suisse Abdallah Chatila qui y a investi 20 millions d’euros. «Klap France a accompli de nombreux efforts pour surmonter ses difficultés. Plusieurs projets avaient été initiés, mais leur concrétisation s’avérait trop lointaine pour répondre aux impératifs financiers immédiats», réagit l’entreprise dans un communiqué.
Elle regrette, notamment, d’avoir été exclue d’un appel d’offres stratégique de Santé publique France, fin 2024, en raison de son placement en redressement judiciaire. Cela «représentait, pourtant, un levier essentiel pour permettre à l’entreprise de retrouver une trajectoire financière viable», note Klap France.
Une production non soutenue par les investisseurs sur le long terme
Dès le lancement du projet, l’entreprise avait fait le choix d’investir exclusivement dans des lignes de production et du matériel industriel français, tant pour la fabrication des masques que pour la production de meltblown (matériau filtrant, non-tissé). «Ce choix, qui semblait stratégique à l’époque, répondait à une volonté unanime de renforcer l’indépendance européenne face aux productions asiatiques. Toutefois, cette décision s’est révélée extrêmement coûteuse, le prix des équipements français étant jusqu’à dix fois supérieur à celui des équipements asiatiques. Cette contrainte financière a fortement impacté la rentabilité et la compétitivité de l’entreprise sur le long terme», souligne Klap France.
La société dénonce le manque de soutien à la production française. «Alors qu’en 2020, l’urgence sanitaire avait poussé de nombreux acteurs à privilégier des productions locales, une grande partie des établissements privés est retournée vers des fournisseurs asiatiques, dès que les tensions sur l’approvisionnement se sont apaisées, rendant le maintien de la production française encore plus difficile», ajoute-t-elle. Klap France a employé jusqu’à 43 collaborateurs et vendu près de 80 millions de masques. L’entreprise était la dernière encore en activité en Bretagne, après la fermeture de quatre autres sites dans la région, ces dernières années.



