Son entrée dans le spatial s’est effectuée sur le tard, sans idées préconçues ni sans carcan intellectuel. Cela tombe bien car Julie Lespagnol se retrouve justement à repousser les frontières du possible au sein d’Airbus Defence & Space. «Mon poste, qui englobe des projets de satellite et de rover, consiste à déterminer par anticipation tous les problèmes qui peuvent arriver et à définir les procédures à mettre en œuvre», résume cette ingénieure diplômée de l’Estaca, depuis moins d’un an chez l’avionneur.
À 35 ans, elle doit mener à bien une mission certes technique, mais aussi foncièrement humaine, puisqu’elle doit rapprocher de nombreuses disciplines. Jeter des ponts entre les personnes, les technologies, voilà sa spécialité. Qu’elle cultive par tous les moyens, comme lors des treks qu’elle organise pour aller à la rencontre d’autres communautés. Julie Lespagnol cumule d’ailleurs un autre poste chez Airbus, mettant à profit son talent d’entremetteuse. «Je dirige un groupe de travail visant à établir une feuille de route pour le développement des possibles futurs rovers, glisse-t-elle. Il s’agit en particulier de définir quels seront les sujets de R&D communs entre les différents départements concernés.» Rover, une fois de plus, le terme revient. Tout sauf un hasard...
De la course automobile aux rovers spatiaux
Car l’aptitude de Julie Lespagnol à voir large, et à s’intéresser en particulier à ce qui roule dans l’espace, s’explique par les circonstances originales de son début de trajectoire. Dès sa sortie d’école, elle se rue vers le sport automobile. «J’ai réalisé mon stage de fin d’étude dans l’équipe de Sébastien Loeb en tant qu’ingénieure performances», s’amuse-t-elle à raconter. Pour elle, qui enchaîne les expériences dans la construction automobile de haut niveau, la voie semble tracée.
Elle passe chez Volvo, en Suède, toujours en tant qu’ingénieure performances. Elle suit les données d’un véhicule lors des tests et des courses, puis les retransmet au bureau d’études afin de tirer les performances de l’engin vers le haut. «J’ai tenté de rapprocher différentes disciplines, en favorisant les échanges entre des métiers qui se parlaient peu», se rappelle-t-elle. Pour elle, la voiture est un puzzle, chaque pièce correspondant à un domaine différent.
Le spatial, un rêve d’enfant
Elle déploie ensuite ses compétences en Allemagne, pour des écuries travaillant avec BMW et Porsche avant d’intégrer Hyundai Motorsport. Elle est propulsée ingénieure en chef pour la première voiture électrique dédiée à la compétition automobile de l’entreprise. Une immense fierté. «À la suite du Covid, bien qu’ayant rempli tous les objectifs avec mon équipe malgré les réductions de budgets, il a été décidé d’arrêter le développement du véhicule», se remémore-t-elle. S’ensuit alors un travail d’introspection. Un point de situation qui s’avérera salvateur. Et la conduira vers le spatial, «un rêve d’enfant». Elle effectue un master d’un an à l’Université internationale de l’espace, à Strasbourg.
Puis passe directement par la case Airbus, et s’installe sur le site britannique de Stevenage. Lorsqu’elle trouve le temps, Julie Lespagnol s’adonne à l’aquarelle. On l’imagine maître en l’art du sfumato. Une technique attribuée à Léonard de Vinci, consistant à peindre sans lignes ni contours. Mais générant in fine une parfaite harmonie d’ensemble.
L’œuvre qui la caractérise
“Là où je continuerai d’être”, de Linda Bortoletto
« En voyage, on appréhende de rencontrer des gens qui ne pensent pas comme nous. Ce livre invite à écouter et à observer pour mieux comprendre les autres. »



