Enquête

[JO Paris 2024] Le village olympique, pas encore construit, mais déjà promis à une deuxième vie

En Seine-Saint-Denis, les immeubles du futur Village des athlètes des jeux Olympiques de Paris 2024 (qui ouvriront leurs portes dans deux ans jour pour jour, le 26 juillet 2024) sont conçus pour leurs usages ultérieurs. Une première.

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Icade a installé des façades à ossature bois et du béton bas carbone pour une meilleure empreinte écologique des 2800 logements du futur Village.

A cheval sur les communes de L’Île-Saint-Denis, Saint-Ouen-sur-Seine et Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à 8 kilomètres au nord de Paris, 1 500 compagnons s’activent sur le gros œuvre du Village des athlètes. Début 2023, ils seront 3 500 à équiper ces immeubles qui hébergeront 14 250 personnes et des services connexes durant les jeux Olympiques (JO) et Paralympiques de Paris en 2024, dont le coup d'envoi sera donné le 26 juillet 2024.

Sur ce site de 52 hectares, 175 400 mètres carrés de bâtiments sortent de terre. Leur reconversion a été pensée dès la conception. Après les JO, 2 800 logements accueilleront 7 000 habitants. Autant de salariés pourront travailler dans 100 000 m2 de bureaux. « Nous fabriquons un quartier de ville qui, pour un temps donné, deviendra un Village des athlètes », résume Emmanuel Desmaizières, le directeur général d’Icade Promotion, l’un des promoteurs du projet.

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Sur ces anciennes friches et zones d’activité, pas question d’ériger des bâtiments pour quelques semaines. « À Londres, le village s’est transformé en logements, mais de manière mono-fonctionnelle. À Tokyo, les aménagements intérieurs ont été une faible préoccupation, avec des cloisonnements provisoires. Nous sommes allés plus loin. Vinci, Icade, le groupement Pichet-Legendre et Eiffage investissent et se paient sur l’héritage. Cela nous assure que l’on ne construit pas un éléphant blanc », explique Antoine du Souich, le directeur de la stratégie et de l’innovation à la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), l’établissement public chargé de l’ensemble des ouvrages pérennes des JO. Solideo supervise 39 maîtres d’ouvrage, concentre les financements publics (1,5 milliard d’euros de subventions, hors fonds spécifique à l’innovation) et aménage le Village des athlètes – dont l’architecte Dominique Perrault a piloté la conception – avec la société d’économie mixte de l’établissement public territorial de Plaine Commune.

Athlètes logés dans de futurs bureaux

En mars 2024, le Comité d’organisation des jeux Olympiques (Paris 2024) prendra possession des locaux. Huit mois plus tard, il restituera les bâtiments à leurs propriétaires, qui commenceront alors les travaux de conversion des immeubles à leur deuxième vie. Paris 2024 versera des indemnités pour l’occupation et la réversibilité des locaux. Et 75 % des éléments nécessaires à l’accueil des athlètes devront être réemployés sur les chantiers ultérieurs ou par d’autres exutoires. Les permis de construire, obtenus fin 2020, sont à « double état » – concentrant les travaux initiaux et de reconversion -, une innovation juridique permise par la loi de 2018 relative aux jeux Olympiques. « Un logement d’athlètes, c’est deux athlètes par chambre, une salle de bains pour quatre athlètes et un espace de vie sans cuisine », illustre Antoine du Souich. L’équivalent d’un T4 pourra contenir quatre petites chambres donnant sur un espace central de 10m2 et deux salles d’eau. Les athlètes iront se restaurer dans une cantine géante commune. Les équipements préalables à l’installation ultérieure de cuisines sont néanmoins prévus. Sur le lot E piloté par Eiffage, pour contenir le coût d’exploitation à long terme sans retarder les athlètes, l’un des deux ascenseurs sera retiré des plus petits bâtiments. Même opération de retrait pour certaines cloisons, lorsque des séjours et des chambres seront agrandis.

Sur ses parcelles, Vinci Immobilier construit 57 000 m2 de bureaux, dont un immeuble de 32 000 m2 destiné au ministère de l’Intérieur. «Loger des athlètes dans de futurs bureaux n’a jamais été réalisé dans les autres villages olympiques », s’enthousiasme Vincent Louvot, son directeur du département Aménagement et grands projets urbains. Le bâtiment, dessiné pour son usage post-JO, affiche des hauteurs de 2,70 m du faux plancher au faux plafond, contre un standard de 2,50 m dans des appartements classiques. Les salles de bains préfabriquées seront réutilisées dans des programmes de résidences étudiantes et d’hôtels. « Les athlètes se rendront sans doute compte qu’ils seront dans un immeuble de bureaux, mais avec toutes les conditions de confort de logements classiques », indique le responsable. « Nous pourrons revenir du bureau au logement dans vingt ou trente ans, grâce à une trame structurelle simple », estime Florence Chahid-Nourai, la directrice des grands projets Ile-de-France chez Icade Promotion. Un flashback qui n’est toutefois pas permis par l’actuel plan local d’urbanisme.

Après les JO...

  • 200 000 m² de logements construits sur le site
  • 30 000 m² de commerces en pieds d’immeuble
  • 2 groupes scolaires et une caserne de pompiers
    (Source : Solideo)

Réchauffement climatique anticipé

La construction de ce quartier permet aussi d’envisager les usages de la ville de demain. « Nous partons d’une feuille blanche pour les espaces publics et le mobilier urbain, de conception innovante, mais sobre. Nous souhaitions des équipements faciles à entretenir, et que l’on peut changer à moindre coût », explique Céline Daviet, la directrice de la mission jeux Olympiques à Plaine Commune. Ainsi, 96 % du béton des déconstructions préalables au chantier ont été réutilisés sur la voirie. Les échafaudages seront pour certains recyclés en candélabres. Les futurs appartements et bureaux ont été pensés pour être vivables aux conditions climatiques prévues en 2050, sans climatisation traditionnelle, remplacée par des thermofrigopompes.

Plusieurs promoteurs profitent par ailleurs du chantier pour expérimenter de nouvelles techniques constructives. Treize appréciations techniques d’expérimentations ont été délivrées par le Centre scientifique et technique du bâtiment. D’autres constructeurs pourront en tirer parti. Grâce aux façades à ossature bois et au béton bas carbone, Icade revendique, sur son lot, des émissions carbone moitié moindres que pour des bâtiments traditionnels. Autre innovation notable, sur l’un des territoires les plus pauvres de la région : 10 % des heures travaillées sur les chantiers doivent être en contrats d’insertion et 25 % des marchés sont attribués à des TPE et PME de l’économie sociale et solidaire. Des dispositifs qui n’empêchent pas les dérives : la justice a ouvert une enquête à la suite du recensement de travailleurs sans-papiers sur le chantier, ce qui a conduit Solideo à résilier le contrat de l’entreprise concernée.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n°3708-3709 - Juillet-Août 2022

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