L'Usine Nouvelle. - Quelle est votre vision de l’état de la production automobile française ?
François Liotard. - Entre 1955 à 1975, la France est devenue l’un des leaders de l’industrie automobile européenne, entraînant dans son sillage la création d’un écosystème performant de fournisseurs de composants et de sous-ensembles sur tout le territoire. Depuis, la production d’automobiles en France ne cesse de baisser, marquée par les délocalisations des véhicules d’entrée et de milieu de gamme. Les Renault Twingo, Clio, Captur, Peugeot 208, 2008, Citroën C3 sont dorénavant produites hors de France, surtout pour des raisons de compétitivité coût. La balance commerciale automobile française est devenue déficitaire. En 2020, la production d’automobiles en France va atteindre un point historiquement bas.
La tendance peut-elle être inversée ?
L’industrie automobile est entrée dans une ère de transformation, "darwinienne" dirait Carlos Tavares. Cette transformation nécessite des investissements colossaux pour proposer des véhicules plus propres, plus sûrs, plus connectés, mais pour autant toujours abordables et accessibles au plus grand nombre… Là est l’enjeu pour la filière automobile française. Les statistiques publiées par l’ACEA début septembre confirment la montée en puissance des véhicules électriques à batteries. Ils représentent plus de 7% des parts de marché, avec des ventes en croissance de 53% d’une année sur l’autre. Le gouvernement français a annoncé vouloir à cette occasion relocaliser en France une filière automobile forte contribuant à l’électrification des véhicules. Une politique publique de soutien volontariste dans la durée pourrait nous permettre de redevenir un pays de production de composants et d’automobiles.

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Quel est votre regard sur le plan de soutien à l’automobile présenté par le gouvernement ?
Le gouvernement, à partir des propositions des acteurs de la filière, a mis en place un plan de soutien efficace pour limiter les conséquences de la crise à court terme. La situation reste néanmoins très fragile et il faut inscrire dans la durée une dynamique collective de reconquête industrielle. Pour cela, il faut soutenir l’investissement dans les nouvelles technologies et l’automatisation des procédés industriels et encourager le développement des compétences et l’engagement de nos salariés pour gagner durablement la bataille de la compétitivité.
Vous demandez le renforcement du crédit impôt-recherche (CIR). En quoi ce dispositif a-t-il profité à Lisi Automotive ?
Ce dispositif a permis en 2020 à nos équipes de lancer le projet "μ-MACH-AP" (micro mechanical anchoring cold hybrid assembly process). L’objectif est de créer un démonstrateur industriel afin de promouvoir auprès des constructeurs automobiles une approche innovante d’assemblage multi-matériaux qui allie une texturation laser et la projection supersonique à froid de poudre métallique d’aluminium. Ce projet s’inscrit dans une forte dynamique d’évolution du marché automobile, où les points d’assemblage multi-matériaux sont destinés à une large croissance pour contribuer à l’allègement des véhicules, au besoin de réduction des émissions de gaz à effet de serre et à l’augmentation de l’autonomie des véhicules partiellement ou totalement électrifiés.
Un autre axe de votre tribune est orienté vers l’automatisation de la production. Pourquoi ?
Les derniers développements de l’industrie du numérique permettent de mettre en place au sein des ateliers d’une usine de multiples technologies : automatisation des tâches répétitives et pénibles, des manutentions et des flux entre les ateliers, digitalisation des données de production garantissant ainsi un haut niveau de maîtrise des procédés de fabrication, de la conformité des produits et de leur traçabilité. Cela permet de combler en partie l’écart de compétitivité sur les coûts salariaux avec les pays de l’Europe de l’Est et du Maghreb. A titre d’illustration, le site Lisi Automotive de Melisey (Haute-Saône), a déployé un MES (Manufacturing Efficency System) combinant la maîtrise des paramètres process et produits. Cela lui permet de défendre sa position de leader européen sur le marché des composants mécaniques de sécurité (composants de frein de parking électrique et de mécanismes de sièges et de ceintures de sécurité).
Propos recueillis par Julie Thoin-Bousquié



