Avec le projet de rachat du fondeur israélien de puces Tower, Intel prend pied dans la fonderie de semi-conducteurs, c’est-à-dire les services de fabrication de circuits des autres, à l’instar de ce que font le taïwanais TSMC, le sud-coréen Samsung et l’américain GlobalFoundries. Cette nouvelle activité a été lancée officiellement en mars 2021 sous le nom IFS (Intel Foundry Services). Tower lui apporte une présence dans les technologies matures, très demandées par des secteurs comme l’automobile et complémentaires des technologies avancées d’Intel dédiées aux PC, serveurs ou supercalculateurs.
Avec cette acquisition, IFS devient un acteur complet, présent de bout en bout sur le marché de fonderie de puces, avec déjà des clients dans l’automobile, l’industrie, la santé, l’énergie et les télécoms, ainsi que sept usines bien réparties entre Israël, les Etats-Unis et le Japon. Et après ? Cette opération, mineure en apparence - Tower n’est que neuvième fondeur mondial, 35 fois plus petit que le numéro un TSMC selon le cabinet TrendForce -, est d’une importance stratégique pour Intel.
Le directeur général Pat Gelsinger veut en faire le fer de lance du changement de culture d’IFS pour percer sur un marché au modèle différent de celui de fournisseur de puces. Mais pour Doug O'Laughlin, analyste financier indépendant, il ne s’agit là que du prélude à une transformation d’ampleur conduisant à la scission d’IFS comme société séparée. Il explique son hypothèse dans une analyse publiée sur son blog boursier Fabricated Knowledge.
L'exemple de VMWare chez Dell

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Pat Gelsinger est un ancien d’Intel qui a quitté le groupe en 2009 pour EMC, puis VMWare, avant d’y revenir au poste de directeur général en février 2021. En tant que patron de VMWare, une filiale d’EMC puis de Dell, il a vu comme Michael Dell a su tirer de la valeur en Bourse de cette société en la scindant de son groupe fin 2021. Pour l’analyste, cette expérience devrait le pousser à faire de même pour IFS. Selon l'analyste, la décision de Pat Gelsinger d’introduire en Bourse Mobileye en 2022, une société israélienne de solutions d’aide à la conduite automobile rachetée en 2017, est un signe qui ne trompe pas.
« Cela ressemble fort à ce que Dell a fait avec VMWare, rappelle Doug O'Laughlin. Je pense maintenant que c'est ce qui va se passer dans une certaine mesure pour IFS. Je ne pense pas que cela se produise immédiatement en raison des énormes besoins en capitaux de cette activité. Mais je pense qu'après la bascule de Mobileye, la promesse de scission d’IFS servira de carotte au-dessus de la tête des investisseurs. IFS sera une entité complètement séparée. Avec Tower, elle acquiert un historique financier et une sorte de structure interne et devient prête à tourner. »
Conflits intérêts potentiels
L’analyste voit Intel devenir une quasi-société holding, avec des participations partielles dans deux entreprises à la croissance rapide, Mobileye et IFS, tandis que l’activité historique du groupe deviendrait une société flabless (sans usine) comme AMD, Nvidia ou Qualcomm. L’entité de fonderie IFS fournirait ses services aussi bien à cette entité interne, qu’à des clients extérieurs. Selon Doug O'Laughlin, l’entité historique aurait probablement une croissance plus lente, mais bénéficierait des participations partielles dans Mobileye et IFS.
Intel n’aurait d'ailleurs pas d’autre choix. Garder un groupe intégré poserait inévitablement des conflits d’intérêt entre l’activité historique et l’activité de fonderie, et découragerait des concurrents dans les processeurs comme AMD, Nvidia, Qualcomm ou Broadcom à venir fabriquer leurs composants chez IFS. Samsung a connu ce problème, avant de se résoudre en 2017 à séparer son activité de fonderie de puces sous l’entité Samsung Foundry et de transformer son activité de circuits intégrés en entité fabless sous le nom de Samsung LSI. C’est ce modèle qu’Intel devrait suivre, en allant peut-être jusqu'à une introduction en Bourse. En tant que pureplayer, TSMC n'a pas ce problème et ne cesse de répéter qu'il n'est concurrent d'aucun de ses clients.



