Intel fait monter les enchères et obtient 10 milliards d’euros de subventions pour son usine allemande

Le géant américain Intel est parvenu à obtenir 3 milliards d’euros d’argent public supplémentaire en contrepartie de l’implantation d’une usine de puces électroniques de 5 nanomètres à Magdebourg dans le centre du pays. Une somme qui fait grincer des dents.

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Projet méga site Intel Magdeburg Allemagne
La megafab d'Intel en Allemagne sera aussi méga-subventionnée.

La partie de poker a fini par payer pour le géant américain des puces électroniques Intel. Ce lundi 19 juin, le gouvernement allemand a confirmé que la future usine d’Intel de puces de moins de 5 nanomètres qui doit voir le jour à Magdebourg (Saxe-Anhalt) ne bénéficiera pas de 6,8 milliards d’euros de subventions, mais bien de 9,9 milliards d’euros. Soit 3 milliards d’euros supplémentaires, ce qui porte le volume du soutien public à 1 million d’euros par emploi créé. 

Depuis l'annonce de son installation en mars 2021, Intel avait à plusieurs fois mis son projet en suspens, argumentant de l’augmentation des coûts de l’énergie et de l’inflation sur les matériaux pour faire monter les enchères. Dans la course aux implantations de gigafabs en Europe, le gouvernement d’Olaf Scholz n’a donc eu d’autre choix que de sortir le portefeuille pour ne pas voir l’usine lui passer sous le nez. D’autant qu’Intel a annoncé parallèlement un investissement de 4,2 milliards d’euros dans un site d'assemblage des semi-conducteurs en Pologne, pays voisin de l’Allemagne, et un autre de 25 milliards d’euros dans une mégafab en Israël.

Pour trouver les 3 milliards d’euros supplémentaires, après un bras de fer entre le ministre des finances Christian Lindner et celui de l’économie et de la protection du climat Robert Habeck, il a donc été convenu de piocher, non pas dans les caisses de l’Etat, mais dans le Fonds pour le climat et la transformation. Créée à l’été 2022, cette enveloppe est alimentée entre autres par les recettes du commerce des émissions de CO2. Elle est dotée de 177,5 milliards d'euros sur la période de 2023 à 2026, pour la rénovation des bâtiments, la mobilité électrique et le développement de l'industrie de l'hydrogène.

Quelles contreparties ?

En contrepartie, Intel a annoncé une augmentation de son investissement, qui passera de 17 milliards d’euros à plus de 30 milliards d’euros. Cependant, il n’est pas encore certain que cette hausse s’accompagne réellement d’une augmentation de capacité de production ou encore de davantage d’embauches. Elle pourrait être simplement être absorbée par l’augmentation des coûts de construction et d’approvisionnement énergétique. «La pression sur le gouvernement a conduit à ce qu’il se sente obliger de surenchérir pour attirer les projets. Mais nous ne pouvons que perdre dans une telle course aux subventions, critique Reint Gropp, président de l’Institut pour la recherche économique de Halle (Sachsen-Anhalt). Cet argent pourrait être mieux réparti et investi».

Plusieurs économistes demandent aussi à Berlin d’exiger des contreparties de la part d’Intel, en termes d’emploi ou de futurs investissements. «Il faudrait au moins insister pour que la recherche et le développement s'installent de manière significative à Magdebourg», souligne ainsi Clemens Fuest, président de l'Institut de recherche économique à Munich. Selon lui, en raison de l'effet positif sur les autres entreprises et acteurs, par exemple grâce au transfert de connaissances et la création d’un écosystème, le montant de ces subventions se justifierait alors davantage.

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