Ignorant l'offre de rachat de Onepoint, Atos continue d'avancer dans son plan de scission

Plutôt que d’accepter l’offre de rachat de ses activités Digital, big data et sécurité par Onepoint, Atos préfère s’en tenir à son plan de scission. Les préparatifs avancent comme prévu. Le groupe espère concrétiser sa séparation en deux entités au début du troisième trimestre 2023.

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Atos veut mener jusqu'au bout son plan de scission en deux entités distinctes.

David Layani, le patron-fondateur de Onepoint, maintient son offre de rachat à 4,2 milliards d’euros des activités Digital, big data et sécurité d’Atos. Mais le groupe français de services du numérique continue de lui opposer une fin de non-recevoir. Atos préfère s’en tenir à son plan stratégique annoncé en juin 2022. Cette feuille de route prévoit la scission en deux entités cotées séparément en Bourse. D’un côté, Evidian, regroupant les activités que souhaite acquérir Onepoint. De l’autre, un nouvel Atos, gardant les activités historiques d’infogérance logées aujourd’hui dans la division Tech foundations. Il est prévu de distribuer 70% des actions d’Evidian aux actionnaires actuels d’Atos, puis de monétiser les 30% restants pour financer la transformation du futur Atos.

La direction générale, formée de Nourdine Bihmane, directeur général du groupe, patron de la division Tech foundations et directeur général du futur Atos, Philippe Oliva, codirecteur général du groupe, patron des activités Digital, big data et sécurité, et directeur général de la future société Evidian, ainsi que Diane Gable, directrice générale adjointe en charge des projets stratégiques, se montre optimiste sur l’avancement de ce plan. Presque 100% des flux de chiffre d’affaires ont été déjà répartis entre les deux futures entités. Reste à partager le personnel, créer des fonctions séparées de support (ressources humaines, système d’information, services généraux, etc.) et finaliser les consultations sociales qui ont débuté en septembre 2022. L’objectif est de concrétiser la séparation et l’introduction en Bourse d’Evidian au début du troisième trimestre 2023.

Début de rebond des activités d'infogérance

L’un des axes majeurs du plan réside dans la mobilisation des 112 000 salariés du groupe dans le monde pour leur donner envie de croire en l’avenir après trois années difficiles, qui ont sapé le moral des troupes. Pas moins de cinq sessions de communication ont été déjà menées avec l’ensemble du personnel et les organisations sociales en Europe. Les résultats du troisième trimestre 2022 sont venus leur donner une raison d’espérer un avenir meilleur. Après un recul de 12% en 2021, la division Tech foundations a enregistré une progression de 0,3% de son chiffre d’affaires. La direction y voit le résultat de la réorganisation des équipes, l’intensification des contacts avec les clients et le début de sa stratégie de rebond.

Les activités traditionnelles d’infogérance d’Atos ont beaucoup pâti ces trois dernières années de l’accélération de la migration des entreprises vers le cloud public. Paradoxalement, c’est sur le cloud que la direction mise dans sa stratégie de rebond. Atos va-t-il créer une coentreprise avec un major américain, comme Thales l’a fait avec Google, et Orange et Capgemini l'ont fait avec Microsoft? La question n'est pas définitivement tranchée à ce stade. L’heure est plutôt au partenariat avec les majors du cloud public, avec la vocation d’apporter sa couche de sécurité pour répondre aux besoins de différents segments de marché: cloud souverain, cloud de confiance, cloud hybride, etc. Le cloud concerne les deux entités: Evidian pour les services applicatifs, et le futur Atos pour les services d’infrastructure. Aujourd’hui, 20% des contrats sont communs aux deux entités. La difficulté est de maintenir ces liens après la scission. Les tensions entre le nouvel IBM et la société Kyndryl, qui s’en est séparée en novembre 2021, sont là pour le rappeler.

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Plan de suppression de 8 000 emplois

La division Tech foundations compte 52 000 personnes dans le monde, dont 5 800 en France, et un chiffre d’affaires d’environ 6 milliards d’euros. Sa transformation passe par un plan de rationalisation des coûts financé par une enveloppe de 800 millions d’euros. Ce plan prévoit la suppression de 8 000 emplois dans le monde, principalement en Allemagne. Aucun plan social n’est prévu en France. Ses activités s’appuient sur plus de 100 datacenters. Il est prévu d'en réduire la taille de 30% et de connecter les datacenters restants à ceux des majors du cloud, pour que les clients puissent migrer facilement des charges de travail entre le cloud public et leur infrastructure chez Atos. Ce rapetissement n’empêche pas le futur Atos de revendiquer le leadership européen de l’infogérance, en concurrence avec des acteurs américains (Kyndryl, DXC Technology) et indiens (TCS, Wipro, Infosys).

Le plan de transformation prévoit également un resserrement du périmètre avec la cession de certaines activités. C'est ainsi que le groupe a annoncé le 17 novembre des négociations exclusives avec Lutech en vue de lui céder une grande partie de ses activités en Italie. La transaction devrait être finalisée au premier semestre 2023.

Malgré ses difficultés, Atos se targue d’avoir gardé son attractivité d’emploi. Le groupe affirme avoir embauché 21 000 collaborateurs depuis le début de l’année... Une performance sur un marché de l’emploi dans le numérique en proie à une pénurie chronique de talents.

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