Huawei perd la bataille de la 5G en Europe au profit d’Ericsson et de Nokia

Selon le cabinet LightCounting, Huawei a perdu 40 contrats 5G dans sa base installée en Europe. Ericsson s’impose comme le plus grand gagnant, suivi par Nokia. Et le reflux du grand équipementier télécoms chinois sur le Vieux Continent devrait se poursuivre au profit, non seulement de ses deux concurrents européens, mais aussi de Samsung, NEC et les équipementiers émergents.

 

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Huawei station de base 5G
Station de base radio 5G de Huawei.

C’était prévisible. Huawei a perdu la bataille de la 5G en Europe. Et cela se voit dans les chiffres du marché européen des stations de base radio publiés par LightCounting, un cabinet américain spécialisé dans les équipements de réseaux télécoms. En 2020, le grand équipementier télécoms chinois tombe à la troisième place avec une part de 26 %, derrière l’équipementier suédois (31 %) et l’équipementier finlandais Nokia (28 %).

En 2019, il caracolait en tête avec 32 %, devant Ericsson (28 %) et Nokia (25 %). " La 5G est le moteur de cette redistribution des cartes ", affirme à L’Usine Nouvelle Stéphane Téral, analyste chez LightCounting. Le cabinet dénombre la perte de 40 contrats 5G par Huawei en Europe au profit principalement d’Ericsson et dans une moindre mesure de Nokia. Le dernier est celui d’Epic, la nouvelle marque de Vodafone à Malte. En avril 2021, elle a sélectionné Ericsson pour moderniser son réseau 4G bâti avec Huawei et le faire migrer vers la 5G.

Effet domino

Selon Stéphane Téral, l’histoire semble se répéter dans le sens inverse. En 2009, lors de la récession mondiale provoquée par la crise financière, TeliaSonera (qui fait désormais partie de l’opérateur suédois Telia) a été le premier opérateur télécoms au monde à lancer un réseau 4G commercial basé sur les équipements d'Ericsson et de Huawei, marquant le début de l’ascension du grand équipementier télécoms chinois dans les pays nordiques. Aujourd’hui, tous ses clients nordiques lui ont tourné le dos : Tele2 en Russie, Net4Mobility (coentreprise entre Telia et Telenor) et Telenor en Suède, TDC et Telenor au Danemak, Elisa et TeliaSonera en Finlande, Telia et Telenor en Norvège. Un résultat qui a eu un effet domino dans les pays baltes mais aussi les pays d’Europe centrale et de l’Est puis dans les pays balkaniques.

En Europe de l’Ouest, les Big 5 des opérateurs télécoms (l’allemand Deutsche Telekom, le français Orange, l’italien Telecom Italia, l’espagnol Telefonica et le britannique Vodafone) ont tous écarté Huawei de leurs réseaux nationaux au profit d’Ericsson et Nokia. Certains ont en fait de même pour leurs réseaux 5G dans d’autres pays européens, comme Deutsche Telekom et Orange en Pologne. Le coup est particulièrement dur pour Huawei car Deutsche Telekom et Vodafone forment ses deux plus gros clients en Europe.

Partout, l’exclusion de Huawei obéit à des indications gouvernementales pour des motifs sécuritaires. Sous la pression des Etats-Unis, de nombreux pays européens ont mis en place des dispositifs empêchant les opérateurs télécoms de faire appel aux équipements télécoms chinois pour la 5G. C’est le cas notamment de la Suède,  la Lettonie ou l’Estonie. A cela s’ajoute la déclaration de « réseaux propres » signée avec les Etats-Unis par la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, la Macédoine, le Kossovo et la Grèce.

Renversement de scénario dans la 5G

En France, la loi sur la sécurité des réseaux mobiles (dite anti-Huawei), adoptée à l’été 2019, n’interdit pas explicitement Huawei, se contentant d’imposer une autorisation préalable du gouvernement via l’Anssi, l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information. Mais son application a découragé Free de faire appel à Huawei, tandis que Bouygues Telecom et SFR sont invités à retirer les matériels 4G de l’équipementier chinois d’ici 2027.

" Nous assistons à un renversement complet de scénario dans la 5G par rapport à celui qui a caractérisé le développement de la 4G au cours de la précédente décennie, constate Stéphane Téral. Ericsson s’impose comme le plus grand gagnant de ce bouleversement. Nokia en bénéficie aussi mais beaucoup moins à cause du choix pour ses stations de base radio de circuits logiques programmables – FPGA – une solution qui rend ses équipements moins performants et plus chers que ceux de la concurrence motorisés, eux, par des circuits Asic conçus sur mesure. »

L’Europe se prépare à une nouvelle vague de sélection d’équipementiers avec plus de 40 contrats 5G potentiels provenant principalement des Big 5 en dehors de leurs réseaux nationaux selon LightCounting, qui voit le revers de fortune de Huawei se poursuivre. Mais cette fois-ci, l’élan d’Ericsson risque de subir un sérieux frein. " Nous commençons à voir Samsung et NEC remporter déjà des appels d’offres, confie Stéphane Teral. Il faudra compter aussi avec les acteurs émergents du camp Open RAN qui promeuvent des équipements ouverts, construits avec du logiciel sur du matériel banalisé, comme Altiostar, Mavenir ou Parallel Wireless. » En Europe, cette technologie est en test intensif notamment par Deutsche Telekom en Allemagne.

Evolution des parts de marché des stations de base radio en Europe (Source: LightCounting)

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