Résilience. C’est le maître mot d’Eric Xu, le président tournant de Huawei. "Avec les résultats 2020 que nous avons publiés, nous avons démontré notre résilience face à la crise du Covid-19 et des sanctions américaines, se réjouit dans sa keynote d’ouverture de Huawei Analyst Summit le 12 avril 2021. Nous travaillons en 2021 pour assurer la survie de l’entreprise et continuer à être résilients."
Depuis mai 2019, le grand équipementier chinois des télécoms fait l’objet d’un embargo américain durci à deux reprises. Le dernier tour de vis, entré en vigueur à la mi-septembre 2020, lui ferme l’accès aux puces et aux services de fabrication des fondeurs comme TSMC. " Nous ne pouvons fabriquer nos puces chez aucun fondeur, confirme Eric Xu. Mais nous avons suffisamment de stocks pour tenir encore quelque temps dans nos activités hors grand public. "
Tri des activités grand public
Les sanctions ont été décrétées par l’ancienne administration Trump. Mais Eric Xu ne se fait guère d’illusion sur l’attitude de la nouvelle administration Biden. " Nous ne nous attendons pas à ce que Huawei soit retiré de sitôt de la liste noire des Etats-Unis, prévoit-il. Tout ce que nous mettons en œuvre est pour être résilients aussi longtemps que les sanctions américaines dureront. "
Les smartphones, l’activité qui a le plus souffert de la fermeture d’accès aux puces, n’est plus au centre de l’activité grand public. L’heure est au tri et à l’optimisation du portefeuille de produits pour réduire la dépendance vis-à-vis des technologies avancées de puces. " En dehors des smartphones, nous réalisons une grande variété de produits pour la maison ou le bureau connecté : PC, wearables, téléviseurs, écrans connectés, etc. Nous avons connu en 2020 une croissance de 65 % dans ces produits ".
L’autre axe est de dépendre moins des matériels en mettant le cap sur le logiciel et les services. Plus de 2 milliards de dollars ont été investis en 2020 pour conforter la capacité de développement de l’entreprise dans le logiciel. Les dépenses de R&D ont été boostées de 8 % à un record de 21,7 milliards de dollars, soit 15,9 % du chiffre d’affaires en 2020.
Le cloud, grand moteur
Le cloud est vu comme un moteur de développement dans le logiciel et les services. Huawei se targue de faire figure de numéro deux dans ce domaine en Chine, derrière Alibaba. Cette activité a été séparée de la vente de serveurs et autres équipements de datacenters, de façon à lui donner plus d’autonomie et de liberté dans son développement.
Enfin, la diversification dans la voiture intelligente et autonome est vue comme la plus importante opportunité d’ici dix ans pour Huawei. Mais pas question de se lancer dans la construction et la vente de ses propres véhicules à l’instar du projet de Xiaomi. " Nous avons beaucoup réfléchi et décidé en 2018 de ne pas devenir un vendeur de voitures, martèle Eric Xu. Nous tenons fermement à ce positionnement. Nous voulons accompagner les constructeurs automobiles dans la digitalisation de leurs voitures. Nous avons choisi de travailler sur le sujet avec trois constructeurs, dont Beijing Electric Vehicule Co. La Chine représente un marché de 30 millions de voitures par an et ce marché est en forte croissance. Si nous vendons un contenu de 10 000 yuans (l’équivalent de 1 500 dollars) par voiture, cela pourrait devenir une source importante de revenus. "



